Un puits de carbone découvert au Congo

Cent quatre cinq mille (145.000) km² d’espaces marécageux, situés à cheval entre le Congo et la RDC. La plus importante jamais découverte sous les tropiques.

Un tour dans la très dense forêt équatoriale de Lokolama en compagnie du cartographe forestier Bolivar Bongoigni-Sama. Il est originaire de la région et est l’auteur de la cartographie forestière de la zone, très marécageuse.

« Ici le sol n’est pas argileux, il est formé de la décomposition des feuilles. En faisant la cartographie de la zone, on s’est rendu compte que l’accumulation de la matière organique est importante », explique Bolivar Bongoigni-Sama.

Et c’est sur la base de cette information confirmée par des données satellitaires que le professeur Simon Lewis de l’université de Leeds en Grande-Bretagne et son équipe, en collaboration avec Greenpeace, ont organisé une expédition pour découvrir la concentration en tourbe de la région.

Une profondeur sous-estimée

Simon Lewis et son équipe font un tout premier prélèvement. Un sol organique humide composé partiellement de matières végétales décomposées sur une longue période. D’après le scientifique Simon Lewis, la tourbe « est formée de la décomposition de matières végétales ».

Pour le scientifique, « C’est un puits de carbone. La surprise ici c’est que nos estimations prévoyaient peut être une concentration de 15 centimètres voire un mètre au maximum. Mais ce que nous avons découvert est beaucoup plus. Ce qui veut dire que potentiellement, il y a plus de stockage de carbone dans cette région. »

La concentration découverte à Lokolama est de six mètres. Selon les premières analyses isotopiques menées par Corneille Ewango et ses collègues, la tourbe a commencé à s’accumuler dans la région il y a plus de 10.000 ans. « Cette tourbe, c’est de l’or pour moi en tant que scientifique…  » avoue Simon Lewis.

Plus que de l’or pour les scientifiques

Non seulement c’est plus que de l’or, mais c’est aussi une chance pour le climat et l’humanité. Le botaniste congolais Corneille Ewango, de l’Université de Kisangani, fait partie de l’équipe. « Comme vous le voyez, cette zone joue un double rôle. La forêt stocke le carbone et la tourbe aussi. Or il n’y a pas de tourbe sans la forêt. Ce qui veut dire que si vous raser cette zone, vous émettez doublement du CO2 dans la nature. »

Malheureusement, les forêts du Bassin du Congo sont soumises à des pressions croissantes. En Asie, des zones similaires ont disparu du fait de l’homme.

Le paysan Valentin Egobo dit comprendre mais il n’a pas de choix: « on doit équilibrer. Nous, nous vivons de et dans la forêt. On ne peut pas nous l’empêcher. Dans ce cas, on a besoin de contrepartie. »

Après la découverte, les deux Congo qui partagent la zone que couvre la tourbière veulent une compensation au sacrifice des riverains. Des riverains qui renonceraient à cultiver ces terres pour ne pas aggraver le réchauffement climatique. Car la menace pour la tourbière au Congo vient aussi de l’exploitation forestière.

Congo : les Etats-Unis vont débloquer 15 milliards FCFA pour les cantines scolaires

Cette information a été par l’ambassadeur des Etats-Unis au Congo, Todd P. Haskell, mardi 13 février 2018.

L’ambassadeur des Etats-Unis au Congo, Todd P. Haskell, a annoncé mardi à Brazzaville, qu’après le retrait de leur ONG « Partenariat international pour le développement humain (IPHD)’’, les Etats-Unis sont disposés à débloquer une enveloppe de 30 millions de dollars, soit environ 15 milliards FCFA, pour financer les cantines scolaires à travers le Programme alimentaire mondial (PAM).

« Les Etats-Unis vont débloquer une enveloppe de trente millions de dollars pendant cinq ans pour ce programme via le PAM au Congo. Je suis très fier de ce programme’’, a déclaré le diplomate américain, à l’issue d’un entretien avec le ministre congolais de l’Enseignement primaire et secondaire, Anatole Collinet Mackosso.

En outre, les deux personnalités ont évoqué la question sur l’amélioration de la qualité de l’enseignement de la langue anglaise au Congo. Ainsi, le diplomate américain a expliqué au ministre le programme Fellow consistant à améliorer les compétences des enseignants et des cadres administratifs en anglais. De même, les deux parties envisagent de réviser les programmes de formation en anglais.

Pour ce faire, les Etats-Unis travailleront avec l’Institut national de recherche et d’action pédagogiques (INRAP) pour la révision des curricula de formation. « Nous collaborons aussi avec le ministère de l’Enseignement primaire sur la possibilité d’améliorer l’enseignement de la langue anglaise au Congo. Il y a un expert américain qui viendra ici, en septembre, pour travailler avec l’INRAP sur les curricula d’anglais », a annoncé l’ambassadeur américain.

Todd Haskell a enfin proposé à Collinet Mackosso la mise en œuvre d’un programme qui consiste à mettre ensemble les élèves des différents établissements afin qu’ils puissent comprendre les programmes de formation développés au niveau de l’ambassade. Pour cela, ils vont mettre en place des classes de découverte et des sorties culturelles ainsi que des échanges de classe entre les élèves des deux pays. C’est ainsi que les deux parties sont tombées d’accord pour créer un comité technique pilote.

De son côté, Collinet Makosso a demandé au diplomate américain de travailler sur un projet d’identification de quelques écoles pilotes qui devraient commencer avec l’apprentissage de la langue anglaise, dès le cycle primaire à Brazzaville, Pointe-Noire et à l’intérieur du pays. Il a aussi souhaité que dans le cadre de la réinsertion des ex-combattants dans le Pool, qu’un accent soit mis sur les enfants ayant abandonné les études en ce qui concerne la formation.

Affaire du général Munene : Brazzaville est « agacé »

Plusieurs hauts responsables à Brazzaville ne semblent pas apprécier les informations avancées dans les médias par la famille du général Faustin Munene, qui serait, selon elle, détenu à la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST).

Des membres du gouvernement congolais ne supportent plus le « harcèlement médiatique » orchestré, selon eux, par la famille du général Faustin Munene. Condamné par contumace à la prison à vie dans son pays après avoir été accusé de tentative de putsch, l’ancien chef d’état-major de la RD Congo avait trouvé refuge sur l’autre rive du fleuve en 2010. Fin décembre 2017, il a fui au Gabon avant d’être renvoyé au Congo-Brazzaville mi-janvier.

Depuis Genève, son fils, Fabrice Munene, assure qu’il se trouve à la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), et non dans un hôpital, comme l’assure Brazzaville. « Ça devient agaçant ! Nous devenons victimes de notre hospitalité : si ça continue, on va finir par le renvoyer chez lui [à Kinshasa] », tempête un ministre congolais.

La CEEAC cumule 35 milliards de francs CFA d’arriérés de cotisations

Le rapport provisoire en cours d’examen sera soumis au conseil des ministres en charge des Finances et du Commerce prévu les 13 et 14 mars prochain à N’Djaména.

Les arriérés de cotisations des pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) s’élèvent à 35 milliards de francs CFA, a déclaré mardi dans la capitale tchadienne, Mangaral Banté, conseiller des réformes institutionnelles de l’organisation.

« L’institution fait face à un problème de sous-financements chronique qui s’aggrave au fil des temps. Le taux de recouvrement des contributions des Etats membres est en baisse régulière. Il est passé de 73% en 2013 à 11% en 2017 », a fait remarquer Banté qui s’exprimait à l’ouverture d’un atelier régional sur le rapport provisoire de l’étude d’évaluation du mécanisme de financement autonome de la CEEAC en cours depuis mardi à N’djamena.

« En même temps, le stock des arriérés des contributions augmente à raison de 5 milliards de francs CFA par année ; il atteignait au 31 décembre 2017 un montant de 35 milliards de francs CFA, soit près de trois années de contributions des Etats membres », a-t-il ajouté.

La CEEAC a créé une contribution d’intégration communautaire (CCI), un préalable stratégique pour atteindre les objectifs fixés par son traité fondateur, mais la plupart de ses pays n’appliquent pas le dispositif de cet organisme spécialisé.

A cette occasion, le secrétaire général adjoint du ministère tchadien du Développement industriel, commercial et de la promotion du secteur privé, Mbaïkonbé Guétimbaye Abel a exhorté les pays membres « à l’implication de l’ensemble des administrations nationales compétentes en vue d’une plus grande appropriation de ce mécanisme de financement, mais surtout organiser les bases d’une amélioration de la situation financière de notre communauté dans une double dimension d’apurement des arriérés de contributions et d’amélioration des procédures de recouvrement ».

Le rapport provisoire en cours d’examen sera soumis au conseil des ministres en charge des Finances et du Commerce prévu les 13 et 14 mars prochain à N’Djaména.

Créée en 1983, la CEEAC a pour mission de conduire le processus de coopération et d’intégration en Afrique centrale. Elle compte onze pays : Angola, Burundi, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Congo-Kinshasa, Gabon, Guinée équatoriale, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, et Tchad.

Aimé Ange Bininga met en garde les gestionnaires des prisons

Le ministre de la Justice, des droits humains et de la promotion des peuples autochtones a interpellé, le 13 février à Brazzaville, les responsables des Maisons d’arrêt, contre tout traitement inhumain ou dégradant infligé aux détenus.

Le garde des sceaux a haussé le ton sur la question, à l’ouverture du séminaire de renforcement des capacités, organisé au bénéfice des agents de l’administration pénitentiaire, principaux gestionnaires des établissements et centres de détention.

 « Conformément aux principes édictés par les traités et conventions internationaux sur le respect des droits humains, et repris par notre cadre juridique, aucune personne, en détention dans nos Maisons d’arrêt, ne doit être l’objet d’un traitement inhumain ou dégradant », a souligné le ministre de la Justice.

Aussitôt interpellés, les agents et responsables de l’administration pénitentiaire ont compris la nécessité de gérer avec professionnalisme les prisons, mais surtout les enjeux de garantir aux détenus leurs droits fondamentaux, tels que prévus dans les textes.

« Dans  ses instructions, le ministre de la Justice a été très claire. Il veut qu’à l’issue de ce séminaire, le personnel de l’administration pénitentiaire soit aguerri, prêt à répondre à toute éventualité, en vue de bien mettre en application les orientations du ministre », a indiqué, pour sa part, le directeur général de l’administration pénitentiaire, le colonel Jean-Blaise Komo.

 Le séminaire de formation de deux jours, organisé avec l’appui du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), permet de transmettre aux gestionnaires des Maisons d’arrêt de nouvelles connaissances théoriques. « Puisqu’il est question ici du renforcement de vos capacités, j’ose espérer que ce séminaire vous permettra d’améliorer votre savoir-faire dans l’exercice de votre profession. Les personnes détenues sont les principaux bénéficiaires de cette formation. Une nette différence devra donc se ressentir dans leur traitement, en rupture totale avec les antivaleurs dénoncées par le chef de l’Etat », a renchéri Aimé Ange Wilfrid Bininga.

Pour le chef de la délégation du CICR pour l’Afrique centrale, Markus Brudermann, cette formation vient à point nommé. Elle vise quelques objectifs fondamentaux, dont le plus essentiel est la consolidation du dialogue avec les autorités congolaises sur la détention.

Le Japon donne plus de 2,7 millions dollars pour les populations vulnérables du Pool

Cet appui financier qui arrive à point nommé, selon les autorités congolaises, sera géré par la Banque mondiale.

Le Japon a octroyé lundi 12 février au Congo, selon un accord de don, une aide de 2,75 millions de dollars (plus de 1,3 milliard de FCFA) destinée au financement d’un projet de promotion des moyens de subsistance durable dans le département du Pool en faveur de ses populations vulnérables qui sortent d’une latente crise. Cet appui financier qui arrive à point nommé, selon les autorités congolaises, sera géré par la Banque mondiale.

Accordée par le Japon à travers son Fonds de développement social, cette aide accordée aux populations vulnérables du Pool affectées par la violence arrive à point nommé, selon Ingrid Olga Ebouka Babackas, ministre du Plan : « Il faut restaurer l’autorité de l’Etat. L’Etat doit pouvoir apporter toutes les garanties pour que les populations retrouvent une capacité à travailler, à répartir vers leurs activités quotidiennes. C’est en cela que ce don est particulièrement important pour nous le Congo », a-t-elle indiqué.

Cette aide va toucher également le volet DDR (Démobilisation, désarmement et réinsertion) qui est lui-même diversifié, selon les explications d’Euloge Landry Kolélas, Haut-Commissaire à la réinsertion des ex-combattants : « Le DDR est un tout. On ne peut pas s’occuper rien que des ex-combattants sans s’occuper des populations civiles qui ont aussi beaucoup souffert. Donc, ce don (japonais) concerne le relèvement communautaire », a-t-il dit.

Le don sera géré par la Banque mondiale. Djibrila Issa, son représentant résident au Congo a relevé un fait : « Il est temps de passer des projets d’urgence à des projets d’avenir, car l’absence des perspectives d’avenir mène au désespoir et le désespoir peut mener à la violence », a renchéri Issa.

A en croire les autorités congolaises, la coopération entre Brazzaville et Tokyo est très dynamique.

Brazzaville accueille la 3ème réunion de l’initiative sur les tourbières

L’annonce a été faite le 10 février par les ministres des deux Congo, lors d’un point de presse. Du 21 au 23 mars 2018, la République du Congo servira de cadre  à la troisième réunion de l’initiative mondiale sur les tourbières.

La République du Congo abritera du 21 au 23 mars 2018 la troisième réunion de l’initiative mondiale sur les tourbières. L’annonce a été faite le samedi 10 février 2018 au cours d’un point de presse par les ministres chargés d’Environnement des deux Congo.

« Nous réitérons notre engagement à renforcer la collaboration entre nos deux états dans la protection de l’environnement et la valorisation des tourbières récemment découvertes dans la cuvette centrale du bassin du Congo pour assurer l’équilibre climatique », a dit Arlette Soudan-Nonault, ministre de l’Environnement du Congo Brazzaville.

Au cours de la prochaine rencontre qui aura lieu à Brazzaville, il  sera question de poursuivre le dialogue avec les parties prenantes et les partenaires de l’initiative mondiale afin de coordonner les actions pour la gestion des tourbières.
Cette rencontre sera organisée en partenariat avec la Commission Climat du Bassin du Congo  avec l’appui financier de la FAO et du PNUD.

Les tourbières sont un gisement de tourbe en quantité exploitable. Elles servent de combustible. Découvertes en octobre dernier à Lokolama, dans la province de l’Équateur après une expédition des scientifiques, ces tourbières dans le bassin du Congo s’étendent sur 145.500 km2. Une quantité capable de stocker au moins 30 milliards de tonnes de carbone, soit l’équivalent de 3 ans d’émissions de combustibles fossiles dans le monde.

L’Afrique subsaharienne francophone demeure le moteur de la croissance africaine

En 2017, et pour la cinquième fois en six ans, l’Afrique subsaharienne francophone a réalisé les meilleures performances économiques du continent, malgré les difficultés rencontrées par les pays d’Afrique centrale. La tendance devrait se maintenir en 2018, même si une certaine vigilance s’impose.

Pour la quatrième année consécutive et pour la cinquième fois en six ans, l’Afrique subsaharienne francophone a affiché les meilleures performances du continent, selon les données fournies par la Banque mondiale dans son rapport « Perspectives économiques mondiales », publié en janvier dernier. Cet ensemble de 22 pays a ainsi enregistré une croissance globale de 3,2 % (3,9 % hors cas très particulier de la Guinée équatoriale), tandis que le reste de l’Afrique subsaharienne enregistrait un taux de 2,1 %.

Une croissance globale en hausse

La croissance de l’Afrique subsaharienne francophone a donc connu une hausse par rapport à l’année précédente (2,8 %, ou 3,6 % hors Guinée équatoriale). Dans le même temps, l’écart s’est réduit avec le reste de l’Afrique subsaharienne, dont la croissance avait été plus de trois fois inférieure (0,8 %). En 2017, quatre des cinq pays ayant réalisé la progression la plus élevée du continent faisaient partie de l’Afrique francophone, à savoir la Côte d’Ivoire, Djibouti, le Sénégal et la Guinée.

Cette hausse résulte essentiellement de la relative stabilisation de la situation dans certains pays d’Afrique centrale, encore très dépendants des hydrocarbures, et plus marginalement par une légère hausse de la croissance en Afrique de l’Est francophone. En zone CFA, qui regroupe 14 des 22 pays francophones, la croissance est passée de 2,7 % en 2016 à 3,1 % (ou de 3,8 % à 4,1 %, hors Guinée équatoriale). Cette moyenne est à nouveau tirée par l’espace UEMOA, qui continue à être la plus vaste zone de forte croissance du continent (> 6 % par an).

Pour le reste de l’Afrique subsaharienne, la croissance globale demeure affectée par les graves difficultés des trois principales économies (le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Angola), ainsi que par un ralentissement de la croissance en Afrique de l’Est, dont font d’ailleurs partie les deux pays connaissant les conflits les plus meurtriers du continent (le Soudan du Sud et la Somalie).

Au Nigeria, en Afrique du Sud et en Angola, la situation reste très difficile malgré une légère amélioration, due principalement à la hausse des cours des matières premières. Ces pays ont ainsi respectivement affiché une croissance de 1 %, 0,8 % et 1,2 %, contre respectivement -1,6 %, 0,3 % et 0,0 % en 2016. Pour l’Afrique du Sud, cette croissance anémique se poursuit depuis plusieurs années, et semble durablement installée. Le PIB de ce pays devrait d’ailleurs, à terme, être dépassé par celui de l’Algérie, dont la progression annuelle semble être structurellement environ trois fois supérieure, en moyenne (2,2% en 2017, et plus de 3% les années précédentes), même hydrocarbures. Quant au Nigeria et à l’Angola, leurs économies peinent à redémarrer en dépit d’une dépréciation – probablement trop brutale – de leur monnaie, dont la valeur a baissé d’un peu plus de 50 % depuis le 1er janvier 2015 par rapport au dollar.

Sur la période 2012-2017, soit six années, la croissance annuelle moyenne de l’Afrique subsaharienne francophone s’est donc établie à 4,2 % (4,9 % hors Guinée équatoriale, et 6,4 % dans la zone UEMOA). Ce taux a été de 3 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne.

Une Afrique de l’Ouest francophone particulièrement dynamique

Pour la quatrième année consécutive et la cinquième fois en six ans, les huit pays de la zone UEMOA (dont la lusophone, mais très francophile, Guinée-Bissau) ont enregistré une croissance globale supérieure à 6 % (6,5 %, et 6,6 % un an plus tôt). Alors qu’en 2016, sept de ces huit pays avaient connu une progression de plus de 5 %, tous ont cette fois dépassé cette barre symbolique. La zone UEMOA confirme ainsi son statut de plus vaste zone de forte croissance du continent, et de relais de la croissance mondiale. Hors UEMOA, la Guinée confirme le redémarrage de son économie avec une hausse de son PIB de 6,7 % (6,6 % en 2016).

La Côte d’Ivoire et le Sénégal ont à nouveau affiché les meilleures performances d’Afrique de l’Ouest. Avec une croissance 7,6 %, la Côte d’Ivoire n’a été dépassée que par l’Éthiopie (8,5 %), dont les performances résultent essentiellement du très faible niveau de développement du pays, avec un PIB par habitant qui n’était encore que de 710 dollars début 2017 (contre de 1530 dollars pour la Côte d’Ivoire). La Côte d’Ivoire continue aussi à faire mieux que le Kenya, économie la plus développée d’Afrique de l’Est continentale, dont la croissance a été de 4,9 % en 2017 malgré un PIB par habitant légèrement inférieur (1450 dollars). Sur la période 2012-2017, la croissance annuelle a ainsi été de 8,9% en moyenne en Côte d’Ivoire et de 5,3 % au Kenya, soit un écart de près de 68 % en moyenne par an, sur ces 6 dernières années.

De son côté, le Sénégal a continué à afficher une croissance de plus de 6 % (6,8 %), soit davantage que des pays comme l’Ouganda (4,0 %) et le Rwanda (5,2 %), dont le PIB par habitant n’était que de 580 et 700 dollars, respectivement (950 pour le Sénégal). La croissance semble ainsi se tasser dans ces deux pays d’Afrique de l’Est, et notamment au Rwanda qui demeure l’un des quatre seuls pays africains – et non francophones – dans lesquels il n’existe aucune liberté d’expression, avec l’Érythrée, l’Égypte (au régime bien plus autoritaire que sous Moubarak) et le Swaziland (dernière monarchie absolue du continent, et 0,9% de croissance en 2017).

Si la faiblesse des cours des matières premières a également eu un impact positif, les bonnes performances de l’Afrique de l’Ouest francophone s’expliquent principalement par les nombreuses réformes mises en œuvre par la majorité des pays de la région. Des plans de diversification ont ainsi été mis en place, comme le « Plan Sénégal émergent » (PSE), ou encore la « Stratégie de croissance accélérée et de développement durable » (SCADD) au Burkina Faso (dont la croissance s’est établie à 6,4 % en 2017). Pour ce qui du climat des affaires, certains pays ont réalisé un bon considérable entre les classements Doing Business 2012 et 2018, et notamment la Côte d’Ivoire (passée de la 167e place à la 139e place), le Bénin (de la 175e à la 151e), la Guinée (de la 179e et de la 153e) et le Sénégal (de la 154e à la 140e).

À l’exception du Togo (156e), tous les pays francophones de la région se situent désormais à peu près au même niveau que le Nigeria (145e). Par ailleurs, il est à noter que le dernier classement Doing Business met en évidence une détérioration considérable de climat des affaires en Éthiopie, passée de la 111e à la 161e place. Ce pays, qui peine à développer ses zones rurales et où les répressions policières et les tensions interethniques ont fait plusieurs centaines de morts depuis deux ans, est d’ailleurs le pays qui connaît les plus fortes tensions sociales sur le continent, avec l’Afrique du Sud (où l’on compte plus de 15 000 homicides par an).

Enfin, il est à noter que la croissance économique de l’Afrique de l’Ouest francophone continue à être globalement plus de deux fois supérieure à sa croissance démographique, pourtant légèrement supérieure à la moyenne subsaharienne. Cet essor démographique contribue à ce dynamisme économique, en permettant au marché intérieur de ces pays d’atteindre une masse critique nécessaire au développement de nombreuses activités économiques. Par ailleurs, la plupart des pays de la région demeurent encore assez faiblement peuplés. À titre d’exemple, la Guinée et le Burkina Faso, légèrement plus étendus que le Royaume-Uni (et non deux à trois fois plus petits comme l’indiquent la majorité des cartes en circulation), comptent respectivement près de 12 et 20 millions d’habitants, contre 66 millions pour le Royaume-Uni.

Une Afrique centrale en difficulté

Grâce à la légère remontée des cours des matières premières, la croissance s’est légèrement redressée en Afrique centrale, passant de -0,3 % an 2016 à 0,3 % en 2017 (ou de 1,1 % à 1,5 %, hors Guinée équatoriale). La République démocratique du Congo (RDC) est parvenue à atteindre une croissance de 2,6 % (2,4 % un an plus tôt). En zone CEMAC, cette dernière est passée de -1,1 % à -0,4 %, Guinée équatoriale incluse (ou de 0,6 % à 1,1 %, hors Guinée équatoriale). Ce pays constitue, en effet, un cas très particulier qu’il convient toujours de rappeler, car de nature à fausser l’interprétation des statistiques régionales. Peuplé de seulement 0,8 million d’habitants, ce pays partiellement francophone et ancienne colonie espagnole était subitement devenu l’un des principaux producteurs africains de pétrole à la fin des années 1990, avant de voir sa production commencer à décliner dès le début des années 2010. N’étant pas encore parvenu à diversifier suffisamment son économie, il vient donc d’achever sa cinquième année consécutive de croissance – souvent – fortement négative (-8,5 % en 2017, et -9 % un an plus tôt).

En zone CEMAC, le Cameroun (3,7 %) et le Gabon (1,1 %) ont le mieux résisté à la baisse des cours. Et ce, grâce aux efforts en matière de diversification (plan Cameroun émergence 2035, et Plan stratégique Gabon émergent – PSGE) qui leur ont permis d’afficher une croissance hors hydrocarbures bien supérieure à celle des deux grands pays pétroliers voisins que sont le Nigeria et l’Angola. Sur la période triennale 2016-2018, et selon le FMI, la croissance hors hydrocarbures devrait ainsi atteindre une moyenne annuelle de 4,7 % au Cameroun et de 2,7 % au Gabon, et se situer à 0,4 % au Nigeria et à 0,8 % en Angola.

À l’inverse, force est de constater que pareils efforts n’ont pas encore été entrepris au Congo et au Tchad, à la croissance négative en 2017. Par ailleurs, ces deux pays continuent à occuper les dernières places du classement Doing Business, en étant respectivement à la 179e et la 180e place sur un total de 190 pays étudiés (et en faisant moins bien que l’Angola, 175e). De même, le Congo se classe désormais à la troisième place des pays africains les plus endettés (118 % du PIB fin 2017). Toutefois, il convient de rappeler que les pays francophones ne représentent que trois des dix pays les plus endettés du continent, le Congo étant suivi par le Togo (7e) et le Gabon (10e, avec 66 % du PIB, soit un niveau inférieur à celui de la majorité des pays d’Europe de l’Ouest).

Une croissance stable en Afrique de l’Est francophone

La croissance de cette partie du continent s’est à nouveau située entre 3 % et 4 %, s’établissant à 3,9 % en 2017, en légère hausse par rapport à l’année précédente (3,7 %). Plus grand pays de la région, Madagascar semble être enfin sorti d’une longue période de stagnation économique, due à une instabilité politique. Avec une progression de 4,1 % en 2017, le pays devrait renouer avec une croissance de plus de 5 % à partir de 2018.

De son côté, Djibouti a enregistré une croissance supérieure à 6 % pour la quatrième année consécutive, dépassant cette fois la barre des 7 % (7,1 %). Ce pays continue ainsi à tirer pleinement profit de sa situation géographique stratégique, et est en passe de devenir une plaque tournante du commerce international, grâce notamment à des investissements massifs en provenance de Chine. Pourtant, seules sept entreprises françaises sont implantées dans ce pays, avec lequel la compagnie aérienne Air France n’assure qu’un seul vol hebdomadaire direct avec Paris. Contraste saisissant avec les sept vols directs assurés par Turkish Airlines en direction d’Istanbul, ou encore avec les trois liaisons assurées par le groupe Emirates vers Dubaï.

Cette quasi-absence économique de la France à Djibouti, tout comme en RDC, premier pays francophone du monde et où l’hexagone ne pèse que pour 3 % du commerce extérieur (contre environ 30 % pour la Chine, importations et exportations confondues), en dit long sur la méconnaissance dont souffrent nombre d’acteurs économiques tricolores au sujet du monde francophone… au plus grand bénéfice d’autres puissances.

Enfin, le Burundi (0,5 %) et les Comores (2,5 %) continuent à afficher les moins bonnes performances de la région, tandis que Maurice et les Seychelles – déjà assez développés – demeurent stables à environ 4 %.

Une conjoncture internationale à surveiller en 2018

Même s’il convient toujours de demeurer prudent sur les prévisions faites en cours d’année pour les pays en développement, l’Afrique francophone subsaharienne devrait toutefois rester la partie la plus dynamique du continent en 2018. La croissance mondiale devrait être globalement stable, et la remontée des cours des matières premières observée en 2017 permettra un certain rebond de la croissance dans de nombreux pays africains. À l’exception, toutefois, de l’Afrique du Sud et de l’Angola, qui devraient continuer à connaître une progression assez faible (autour de 1,0% pour le premier, et de 1,5% pour le second).

Cependant, et en entraînant à sa suite une nouvelle hausse des prix des matières premières, une poursuite de la baisse du dollar pourrait affecter négativement les économies de la majorité des pays francophones, assez pauvres en richesses naturelles. Et en particulier les pays de la zone CFA, qui seraient doublement pénalisés en étant également affectés par un euro trop fort (aujourd’hui égal à environ 1,25 dollar, soit son plus haut niveau depuis novembre 2014).

De la même manière que le cours trop élevé de l’euro au début des années 2010 découlait d’une volonté de l’Allemagne, puissance surtout économique, la France devrait alors prendre toutes ses responsabilités afin d’éviter que la politique monétaire de la zone euro ne soit contraire aux intérêts de l’Afrique francophone, et donc à ses propres intérêts. À défaut, l’arrimage actuel du franc CFA à l’euro (souvent moins flexible que le dollar, auquel sont également arrimés plusieurs pays) devrait alors être remis en cause, en optant de préférence pour un panier de devises qui inclurait, notamment, le dollar et le yuan chinois.

Les réfugiés rwandais invités à obtenir le passeport de leur pays

L’ambassadeur du Rwanda au Congo, Jean Baptiste Habyarimana, a appelé, mercredi, à Brazzaville, ses compatriotes réfugiés dans le pays depuis près de 20 ans à obtenir un passeport rwandais, a annoncé jeudi la radio publique.

« Nous demandons aux Rwandais résidant aux Congo de passer impérativement à l’ambassade du Rwanda dans ce pays s’approprier d’un passeport rwandais », a lancé le diplomate rwandais, à l’issue d’un entretien avec le président du Sénat, Pierre Ngolo.

L’ambassadeur rwandais a demandé que chaque réfugié, même intégré localement au Congo, devrait se présenter avec sa carte de réfugié à l’ambassade, pour se faire établir un passeport rwandais pour être conforme à la loi.

« Il y a des formalités minimales à remplir avant d’acquérir un passeport, car ces passeports sont signés à Kigali qui nous les fait parvenir dans un délai de deux à trois mois », a précisé Habyarimana.

Par ailleurs, l’ambassadeur rwandais a saisi cette occasion pour remercier le Congo qui, pendant 20 ans, a ouvert « ses bras aux réfugiés rwandais pour leur servir de pays d’accueil alors que le Rwanda traversait une guerre fratricide entre Hutus et Tutsis ».

A propos de la situation statutaire des réfugiés rwandais encore présents sur le territoire congolais, après la date butoir du 31 décembre 2017, l’ambassadeur a indiqué que la procédure était en marche pour le rapatriement des uns et l’intégration locale des autres tant sur le plan social, économique voire administratif.

Les antivaleurs : le ministre de la Culture et des arts interpelle le personnel sous tutelle

Au cours d’une adresse à l’endroit des agents de son ministère, le 7 février, au Cercle culturel Sony-Labou-Tansi, Dieudonné Moyongo a procédé à une pédagogie préventive avant d’annoncer des sanctions curatives.

L’adresse du ministre de la Culture et des arts au personnel sous tutelle du département de Brazzaville intervient après celle des départements du Kouilou et de Pointe-Noire. Dieudonné Moyongo a commencé par rappeler que depuis le deuxième semestre de l’année 2014, le Congo connaît une crise économique sévère due à la chute drastique des prix du baril de pétrole qui demeure malheureusement la principale source de revenus du pays. « Je voudrais profiter des retrouvailles de ce jour pour vous rappeler qu’il existe des valeurs qui peuvent nous permettre de sortir de cette situation désobligeante. Parmi les valeurs qui façonnent, élèvent et magnifient l’homme, figure en bonne place le travail, une valeur évoquée dans la devise de notre pays : Unité-Travail-Progrès. », a dit le ministre.

Le président de la République, a-t-il poursuivi, conscient du fait que toutes les œuvres humaines sont soumises à la loi de l’évolution, a toujours saisi toute occasion pour exhorter, inviter ses concitoyens à plus de rigueur, de responsabilité dans l’accomplissement des tâches confiées à chacun d’eux. C’est ainsi que parlant de la rupture en 2016, a expliqué Dieudonné Moyongo, il invitait l’ensemble des Congolais à dénoncer et à combattre avec détermination les antivaleurs qui constituent un véritable frein à la marche du Congo vers le développement. Citant le message sur l’état de la nation, le ministre de la Cuture a indiqué à l’endroit de son personnel que  les antivaleurs dont parlait le président de la République, le 30 décembre 2017, sont la fraude, la concussion, le trafic d’influence, la paresse, la corruption, le laxisme, le repli identitaire, l’irresponsabilité, l’inconscience, l’instinct grégaire, la gabegie, le non-respect de la chose publique, l’incivisme, le manque de patriotisme, … Ces antivaleurs qui conduisent inexorablement vers le chaos constituent une menace pour la paix et la cohésion nationale qui ont toujours été le crédo du président de la République.

Dieudonné Moyongo a poursuivi en disant que pour faire marquer au Congo un pas de plus vers le progrès, il sied de suivre les orientations du chef de l’Etat. « Je dois vous dire que des principes ont été édictés à travers les lois et règlements pour codifier la vie du fonctionnaire congolais. Cependant, rien n’équivaut à la conscience du travailleur qui doit se sentir comme le maillon d’une chaîne, qui libérera le pays des pesanteurs du sous-développement et ses conséquences néfastes », a-t-il déclaré.

Instauration des cahiers de présence au poste

Le ministre de la Culture et des arts, qui à travers cette adresse a choisi de faire de la pédagogie préventive avant de passer aux sanctions curatives, le cas échéant, a rappelé une fois encore aux agents de l’Etat qu’en 2017, tous les salaires des fonctionnaires traités et mandatés au service de la solde ont été régulièrement payés. Dès lors, rien ne saurait expliquer l’absentéisme qui gangrène dangereusement l’administration publique.

A ce sujet, il est revenu sur la loi du 7 janvier 1982, relative aux règles disciplinaires applicables aux agents de l’Etat, qui demeure toujours en vigueur, de même que le décret du 29 décembre 1984 fixant les horaires de travail dans les administrations publiques.

« Pour votre gouverne, l’échelle des sanctions prévues par la loi 01/82 du 7 janvier 1982 va de l’avertissement à la révocation sans droit à la pension. En conséquence, j’ordonne aux directeurs généraux, au commissaire général du Festival panafricain de musique, aux directeurs centraux, aux chefs de service et aux chefs de bureau d’instituer, à compter de ce jour, des cahiers de présence. Alors, cadres et agents du ministère de la Culture et des arts, mettons-nous résolument au travail et n’oublions surtout pas que nous sommes des gestionnaires d’un secteur de la vie qui se situe au départ et à l’arrivée de notre destin commun », a-t-il conclu.