Congo-E2C : les tâcherons réclament leur intégration après des années de précarité

Des dizaines d’agents temporaires, communément appelés « tâcherons » ont organisé, le 18 mai 2026, une manifestation pacifique devant la direction générale de l’entreprise afin de réclamer leur recrutement définitif après plusieurs années de service dans des conditions qu’ils jugent précaires et inhumaines.

 

Les manifestants se sont rassemblés devant les locaux de la direction générale de l’entreprise à Brazzaville. Par cette mobilisation, les tâcherons entendaient interpeller les autorités administratives, le ministère de tutelle ainsi que les responsables politiques sur leur situation professionnelle qu’ils qualifient de « précarité prolongée ».

Selon les protestataires, plusieurs d’entre eux cumulent entre quinze et vingt années de service sans jamais avoir obtenu de statut officiel au sein de l’entreprise. Affectés à diverses tâches techniques et opérationnelles, ces travailleurs affirment percevoir une rémunération mensuelle estimée à environ 25.000 francs CFA, souvent versée avec retard malgré les responsabilités qui leur sont confiées au quotidien.

« Nous travaillons depuis 15 à 20 ans sans être recrutés. Nous faisons pratiquement du bénévolat sans relâche », ont dénoncé certains manifestants, visiblement exaspérés par l’absence de solution durable à leur situation.

Au cours de leur mouvement revendicatif, les tâcherons ont également dénoncé des promesses de recrutement restées sans suite ainsi qu’un système d’intégration qu’ils estiment sélectif et injuste. Ils réclament notamment la mise en place d’un processus transparent et équitable permettant la régularisation de tous les agents ayant servi de longues années au sein de l’entreprise.

Cette manifestation intervient dans un contexte social marqué par des revendications croissantes liées à l’emploi et aux conditions de travail dans plusieurs entreprises publiques du pays. Pour les journaliers de l’E2C, l’heure n’est plus aux promesses, mais à des décisions concrètes susceptibles de mettre fin à une précarité devenue, selon eux, insoutenable.

À l’issue de leur rassemblement, les manifestants ont lancé un appel aux autorités compétentes afin qu’un dialogue soit engagé dans les meilleurs délais pour examiner leurs revendications et trouver une issue favorable à cette crise sociale.

Congo : 44 000 retraités vivent dans la précarité

Ces hommes et femmes qui ont servi l’Etat congolais cumulent dix-huit trimestres d’arriérés de pensions de retraite depuis 1997.

En République du Congo, 44 000 retraités immatriculés à la Caisse nationale de sécurité sociale congolaise (CNSS) peinent à joindre les deux bouts. Ils cumulent dix-huit trimestres d’arriérés de pensions de retraite depuis 1997. Ces hommes et femmes sont convaincus que leur situation est due à l’indifférence de l’État qui ne paie pas ses créances. Il faut dire que cet avis est partagé par des analystes économiques qui demandent l’assainissement de toutes les caisses de retraite du pays.

« Moi, personnellement, c’est par miracle que je vis. On vivote : quelqu’un peut vous donner 1 000 FCFA pour faire le bouillon avec les enfants et vous mangez. Quant à l’électricité nous nous contentons de la lampe tempête « luciole » parce qu’on n’a pas d’autres moyens de vivre », se plaint Félix Tendi, un retraité de plus de 70 ans.

Cet homme exige le paiement de ses arriérés de pensions qui s’élèvent à dix-huit trimestres depuis 1997.

« Vis-à-vis de l’État, nous demandons le paiement de nos arriérés de pensions ; et cela sans délai », menace M. Tendi.

Du côté de la CNSS, l’on accuse des difficultés pour payer ses pensionnés qui sont des anciens employés des entreprises, des établissements dits à budget de transfert et autres contractuels, pour diverses raisons. À titre d’exemple jusqu’à fin décembre 2020, l’État n’avait pas pu faire face à des charges sociales estimées à près de 49 milliards de FCFA.

Gaspard Bakadiankouka, président de la Confédération des retraités contractuels du Congo vit cette situation comme une injustice de la part des autorités.

« Pendant que les retraités croupissent sous le poids de la misère, paradoxalement les autorités habilitées pratiquent la politique de deux poids, deux mesures. En effet, au cours de la même période les fonctionnaires congolais accumulant 23 mois d’arriérés de salaires depuis 1990, ont pu être payés par l’Etat qui a versé la totalité de leurs arriérés de salaires », s’insurge M. Bakadiankouka.

De son côté, Roch Euloge Nzobo du Cercle des droits de l’homme pour le développement (CDHD) juge peu satisfaisante la gestion de la retraite au Congo. À la Caisse de retraite des fonctionnaires (CRF), la situation n’est vraiment pas reluisante.

« La gestion de nos deux caisses de retraite (CRF et CNSS) est chaotique. C’est un peu malheureusement à l’image de la situation du Congo. On ne peut pas laisser les retraités à l’abandon et les soumettre à une paupérisation alors que ce sont des personnes qui ont travaillé pour ce pays », analyse M. Nzobo.

Roch Euloge Nzobo propose des pistes pour régler le problème.

« Qu’on commence par un audit, qu’on identifie le vrai problème et que le gouvernement prenne des mesures pour que le paiement (des pensions) se fasse au même rythme que le paiement des salaires des fonctionnaires », suggère-t-il.

La constitution en vigueur dans le pays indique que les personnes âgées et vivant avec handicap ont droit à des mesures de protection en rapport avec leurs besoins physiques et moraux, affirme une source gouvernementale.