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Massacre au Cameroun: l’ONU veut une enquête « indépendante, impartiale »

L’ONU a réclamé mardi aux autorités camerounaises une enquête « indépendante, impartiale et complète » après la mort de plus 23 personnes, dont une majorité d’enfants, lors d’une opération militaire dans un village de l’Ouest anglophone en proie à un sanglant conflit séparatiste.

Une partie de l’opposition camerounaise, mais aussi de nombreux témoins interrogés par des ONG ont accusé des militaires camerounais d’avoir perpétré vendredi cette tuerie dans un quartier de la localité de Ntumbo, située dans la région anglophone du Nord-Ouest.

Des accusations démenties par l’armée camerounaise dans un communiqué lundi, qui invoque « un malheureux accident » et parle de cinq victimes civiles, tout en annoncant avoir ouvert « une enquête approfondie ».

« Nous pressons les autorités de s’assurer que l’enquête sera indépendante, impartiale et complète, et que les responsables rendent des comptes », a déclaré mardi le Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’Homme (HCDH) dans un communiqué.

Depuis près de trois ans, un conflit meurtrier oppose les forces de sécurité camerounaises à des groupes armés anglophones séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, peuplées principalement par la minorité anglophone camerounaise. Les deux camps sont accusés de perpétrer des crimes et exactions contre des civils.

A Ntumbo, 23 personnes ont été tuées, dont deux femmes enceintes et 15 enfants, selon un dernier bilan communiqué par l’ONU. Neuf d’entre eux avaient moins de cinq ans.

Des témoins ont rapporté à l’ONU que « 40 hommes armés, dont des membres des forces de défense et de sécurité » avaient attaqué le quartier de Ngarbuh « tirant sur les habitants et brûlant des maisons ».

– 700.000 déplacés –

L’armée camerounaise décrit, elle, un tout autre scénario. Elle affirme que six militaires patrouillant dans le village ont été la cible de tirs nourris de « terroristes » et que les combats ont entraîné l’explosion de réservoirs de carburant, provoquant un incendie qui a tué « une femme et quatre enfants ». L’armée assure aussi avoir « mis hors d’état de nuire » sept « terroristes ».

Ce conflit qui dure depuis près de trois ans, a fait plus de 3.000 morts et forcé près de 700.000 personnes à fuir leur domicile. Selon les ONG internationales, les populations sont les premières victimes de ce conflit.


« Nous appelons le gouvernement à s’assurer que les forces de sécurité se conforment au normes légales internationales applicables quand elles mènent des opérations », a demandé mardi l’ONU dans son communiqué, exhortant également les groupes armés à respecter « la loi internationale ».

Après presque trois ans d’inaction, Yaoundé s’était résolu, sous la pression internationale, à organiser en octobre dernier un Grand dialogue national pour tenter de mettre fin à la crise.

Boycotté par les groupes armés, il n’a pas permis de ramener la paix dans ces deux régions.

– Médiation suisse –

Pis, les violences se sont multipliées, selon les rapports de plusieurs ONG, notamment avant la tenue le 9 février dernier des élections législatives et municipales.

« Les violences n’ont pas cessé », ont déploré lundi 16 évêques catholiques de différents pays du monde, dans une lettre adressée au président Paul Biya, 86 ans dont 37 au pouvoir. Ces derniers exhortent son gouvernement à participer à des pourparlers avec les séparatistes.

« Il n’y aura pas de victoire militaire pour aucun des côtés », écrivent-ils. « Une solution durable doit venir d’un processus de médiation qui inclut autant les groupes séparatistes armés anglophones que les représentants de la société civile non violents », ajoutent les évêques, appelant Yaoundé à participer aux discussions proposées par la Suisse.

Depuis plusieurs mois, la diplomatie suisse tente de susciter des discussions entre les autorités de Yaoundé et les séparatistes anglophones.


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