Congo-Justice juvénile : les acteurs de la chaîne pénale renforcent leurs capacités

Magistrats, avocats, policiers, gendarmes et travailleurs sociaux, se sont réunis le 15 décembre à Brazzaville pour réfléchir aux procédures judiciaires applicables aux mineurs en conflit avec la loi.

 

Organisée par la Direction générale de la solidarité, en partenariat avec le Réseau des intervenants sur le phénomène des enfants en rupture (Reiper) et avec l’appui du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), la session avait pour objectif de renforcer les capacités techniques, pédagogiques et juridiques des acteurs de la justice et du social en matière de justice juvénile.

La formation a permis de sensibiliser les participants aux normes nationales et internationales de protection des mineurs, de promouvoir une meilleure articulation entre les institutions judiciaires, policières et sociales, et de préparer les acteurs à un accompagnement juridique adapté des enfants en conflit avec la loi. Les échanges ont également porté sur le guide de sensibilisation et d’information relatif aux procédures et recours disponibles pour les mineurs.

Au total, cinquante participants ont pris part aux travaux, répartis en groupes thématiques axés sur l’identification des normes applicables, la maîtrise des principes fondamentaux de la justice juvénile, les techniques de communication avec les mineurs, ainsi que l’articulation entre justice restaurative et justice coutumière.

Pour les organisateurs, la vulnérabilité des enfants trouve souvent son origine dans les violences et abus commis par les adultes. « La protection de l’enfant en danger et en conflit avec la loi constitue une mission essentielle de l’État. La prise en charge des mineurs en conflit avec la loi est au cœur des actions du ministère en charge de la Justice », ont-ils souligné.

Les participants ont toutefois déploré le manque de centres spécialisés de rééducation, contraignant de nombreux mineurs à être incarcérés dans les maisons d’arrêt aux côtés des adultes, souvent sans jugement, dans un contexte de surpopulation carcérale. À titre d’illustration, la maison d’arrêt de Brazzaville compte actuellement environ 700 détenus pour une capacité d’accueil de 150, parmi lesquels des mineurs.

La déléguée de la représentante de l’Unicef au Congo, Felana Aliderson, a dénoncé le non-respect des normes internationales dans les lieux de détention : « De nombreux enfants sont privés de liberté dans des conditions qui ne respectent ni les standards internationaux ni les normes nationales, notamment la détention avec les adultes, la durée excessive de la privation de liberté et le non-respect de la dignité et des garanties socio-culturelles », a-t-elle déclaré. Elle a rappelé la Convention relative aux droits de l’enfant ainsi que la loi n°4-2013 portant protection de la jeunesse, qui consacre l’existence d’un système de justice spécialisé tenant compte de l’âge, de la vulnérabilité et de la réinsertion des mineurs.

De son côté, le coordonnateur du Reiper, Joseph Bikié Likibi, a insisté sur le droit à l’accompagnement juridique des mineurs, soulignant la nécessité d’un soutien particulier pour ceux ne disposant pas de ressources financières suffisantes afin de leur permettre de suivre convenablement les procédures judiciaires.

Pour sa part, le secrétaire général à la Justice, Mathieu Clotaire Okoko, a rappelé que la protection de l’enfant figure parmi les priorités fondamentales de la politique publique au Congo, conformément à la loi de 2010 sur l’enfance. Il a évoqué les principes universels des droits de l’homme, notamment la non-discrimination, le droit à la survie et au développement de l’enfant, ainsi que le respect de l’audition du mineur.

« La force d’une loi ne réside pas dans sa formulation, mais dans sa mise en œuvre. Malgré les progrès accomplis, de nombreux enfants demeurent en situation de grande vulnérabilité. La justice doit non seulement sanctionner, mais aussi éduquer, prévenir et offrir une seconde chance », a-t-il déclaré.

À l’issue des travaux, les participants ont unanimement reconnu que la maîtrise des textes, des procédures et des normes internationales, ainsi qu’une prise en compte de l’âge, de la vulnérabilité et du potentiel de réinsertion des mineurs, constituent des leviers essentiels pour prévenir la marginalisation et la récidive.

Congo : une ONG sensibilise contre les arrestations illégales des mineurs

L’Association « les amis des enfants » (AAE) a organisé le 24 avril à Brazzaville une séance de sensibilisation sur les arrestations illégales des mineurs à Moungali, 4e arrondissement.

 

Financées par l’Union européenne via les ONG Agir ensemble pour les droits humains et l’Observatoire congolais des droits de l’homme, ces séances de sensibilisation vont se poursuivre à Ouenzé et à Talangaï. Le but étant de renforcer les capacités des chefs de quartiers et des parents sur les textes portant protection des droits de l’enfant.

Les neuf chefs de quartiers et les parents des enfants de Moungali ont suivi des communications développées par les membres de l’AAE. Il s’agit de « L’analyse de la situation et des causes d’arrestations et de détentions illégales des mineurs » par le chargé des projets et programmes de l’AAE, Carel Tsendou ; « La narration des faits d’arrestations et de détentions illégales par des anciennes victimes ou leurs proches » par le chargé de la communication, Josias Louhouma.

Exposant sur la situation et les causes d’arrestations et de détentions illégales des mineurs, le secrétaire chargé aux projets et programmes de l’AAE s’est appesanti sur quelques articles de la loi n°4-2010 du 14 juin 2010 portant protection de l’enfant en République du Congo. Cette loi vise à assurer à l’enfant qui inséré dans son milieu de vie, une protection prenant en compte sa vulnérabilité physique et psychologique ; mettre sur pied un mécanisme de protection garantissant à l’enfant une meilleure connaissance et un meilleur respect des droits. Il s’agit aussi d’élever l’enfant dans le sens de l’identité nationale et de la citoyenneté, de la fidélité et de la loyauté au Congo.

Carel Tsendou a évoqué les articles 35, 39, 41, 42, 73 et 74 de la loi Potignon : « L’enfant de moins de treize ans est présumé n’avoir pas la capacité d’enfreindre la loi pénale. Il ne peut faire l’objet que de mesures de protection, d’assistance, de surveillance dans les conditions fixées par la présente loi… ».

Sur le terrain, la réalité est tout autre. Car les mineurs se livrent au quotidien à des actes criminels dans les grandes villes du pays. « A treize ans, ils coupent les gens, à 25 ans ils feront des coups d’Etat », a ironisé un chef de quartier de Moungali.

Créée le 25 juillet 2008, l’AAE a décelé, au fil du temps, d’autres maux qui minent les plus jeunes à l’instar du VIH-Sida et des mauvaises conditions d’apprentissage dans les écoles. D’où la réalisation en 2009 d’une vaste campagne d’assainissement dans les établissements scolaires.

Todd Haskell exhorte le gouvernement à mettre fin à l’esclavage des mineurs et des adultes

L’ambassadeur des Etats Unis d’Amérique au Congo s’est exprimé à l’occasion d’un atelier de formation sur des personnes à Brazzaville le 11 décembre 2018.

Trouver des stratégies pour lutter contre l’esclavage des mineurs et des adultes. Le sujet était au centre d’un atelier de formation à Brazzaville. L’initiative était du gouvernement Américain. Todd Haskell a profité de l’occasion pour demander au gouvernement congolais d’intensifier les enquêtes, les poursuites judiciaires et les condamnations des trafiquants et de mettre en place des équipes spécialisées aux frontières pour empêcher les mineurs d’entrer au Congo sans leurs parents afin de lutter contre ce phénomène.

« On estime aujourd’hui à 25 millions le nombre de victimes du travail forcé dans le monde, dont un quart sont des enfants. La lutte efficace contre la traite des personnes nécessite une coopération avec la société civile. Nous partageons tous la responsabilité de mettre fin à cette misère humaine et les Etats unis restent déterminés à faire leur part », a indiqué Todd Haskell.

Pour le directeur des affaires criminelles et des grâces au ministère de la Justice, Privat Etsan, « La place des magistrats dans ce phénomène est capitale et grâce à leur travail on aura la possibilité de mettre la main sur les trafiquants qui exploitent les autres dans les travaux forcés ».