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Bedel Baouna signe « Brazzaville, ma mère »

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Pour son premier roman, l’analyste politique et critique littéraire Bedel Baouna, par la littérature et la cupidité à travers cet ouvrage, donne à lire un texte féministe : les femmes y ont pris le pouvoir.

Roman réaliste sous forme de journal, Brazzaville, ma mère (Éditions Le Lys Bleu », d’une contemporanéité indéniable avec le récit au quotidien de la vie de tous les jours au Congo-Brazzaville. Il aborde les rapports mère/fille avec, en filigrane, des réflexions sur la quête de soi.

Pourquoi « Brazzaville, ma mère », un titre énigmatique ?

Titre énigmatique sans doute, mais finalement trompeur. A priori, il renvoie à la ville natale pour ne pas dire la mère patrie. Mais il s’agit, a fortiori, d’autre chose. J’aborde une question fondamentale de la philosophie morale, celle de la recherche de soi ou du chemin vers soi. Alors j’ai choisi Brazzaville, la ville qui m’a vu naître, comme cadre de ce premier roman, tout en soulignant que je n’en suis pas le narrateur : une distance est indispensable entre l’œuvre et son auteur.

La narratrice vit à Paris depuis ses deux ans, et c’est à 35 ans qu’elle retourne au Congo pour renouer avec ses racines. N’est-ce pas faire la part belle au cliché que représente le « retour aux sources » ?

Je ne pense pas que ce soit vraiment un « retour aux sources ». Nul besoin de se déplacer pour renouer avec ses sources. Quelqu’un peut être né à Mindouli et retrouver finalement ses sources ou racines à Missafou. Il s’agit plutôt d’une tentative de « renaître ». Ce faisant, la narratrice choisit sa ville natale pour tenter de se rencontrer, de se réaliser, etc. Voyez-vous, je suis en train de lire La Plus que vive de Christian Bobin et j’y ai retenu une phrase qui aurait pu être l’épigraphe de mon roman : « Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu’un peu. Il nous faut naître par la chair et ensuite par l’âme. Les deux naissances sont comme un arrachement. La première jette le corps dans ce monde, la seconde balance l’âme jusqu’au ciel. » C’est dire que chacun de nous, à un moment ou à un autre, est tenaillé par cette terrible envie de renaître.

Est-ce pour cette raison que le roman s’ouvre sur trois enjeux narratifs : « L’éveil, la sortie de la caverne, mourir »… ?

Vous avez tout compris mais la mort dont il est question ici n’est que symbolique et non physique. Il s’agit de « tuer le vieil homme qu’il y a en chacun de nous pour mieux devenir ».

Hélas pour Florence, la narratrice ! La tâche s’avérera délicate…


Le chemin, non pas du savoir mais de la connaissance, demeure long, semé d’embûches. C’est l’exercice, à mon avis, le plus difficile qui soit.

D’où les multiples coups de théâtre ?

Absolument ! Il y a d’abord la venue de sa sœur cadette dont elle ignorait l’existence ; ensuite elle apprend que son père biologique est finalement vivant ; enfin la manière dont sa mère a été impliquée dans un crime…

Quand on lit votre roman, on est à la fois subjugué et stupéfait par la manière de décrire certains personnages et événements. Était-ce volontaire de votre part ?

A coup sûr vous faîtes allusion à la caricature ! Oui, cette technique est volontaire et elle participe du style. Et le style, je crois, c’est la personnalité. La caricature m’a donné « des occasions d’effets et d’humour non négligeables ». Je l’utilise tantôt comme métaphore d’une idée en ce qui concerne le portrait ; tantôt pour décrire des faits réels ou imaginaires pour mieux les tourner en dérision. D’autant plus que Brazzaville est devenue une sublime caricature à part entière. Tout y est exagéré : la mode, la politique, l’amour, la mort, etc. Il vous suffit d’assister aux obsèques d’un homme riche, par exemple, pour vous en rendre compte. Djenga K, un excellent chanteur de Viva la Musica et Langa Langa Stars, dans sa chanson Constatation, le relève et je dois avouer que je m’en suis aussi inspiré.

Outre le pouvoir dont disposent les trois principales femmes du roman, la musique est l’autre aspect de votre roman. C’est l’une de vos sources d’inspiration ?

Je n’écris pas sans écouter la musique. « J’écris dans la voix, j’écris par la voix, j’écris la voix » de ceux qui parlent et chantent. C’est une façon pour moi de donner du « bruit » au texte. Pour moi, en tout cas, un texte n’a de profondeur que s’il fait ressortir une sonorité une mélopée harmonieuse, utile.


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