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Le nord de l’Italie se barricade doucement face au virus

Le militaire n’a pas de masque. D’un geste automatique, il remonte son écharpe sur le nez en s’approchant des conducteurs. Petit à petit, la routine de la quarantaine s’installe à l’entrée de Casalpusterlungo, une des villes du nord de l’Italie frappées par le coronavirus.

C’est un rond-point banal, posé au milieu de la plaine lombarde. Deux de ses bretelles sont bloquées par des voitures des douanes. Au-delà, on est en « zone rouge », là où ont été identifiés des foyers d’infection au coronavirus. Là où plusieurs dizaines de milliers d’habitants sont placés depuis dimanche en stricte quarantaine. Théoriquement.

Seuls sont autorisés à entrer dans la zone rouge les camions transportant des produits de première nécessité (médicaments, nourriture), les policiers, le personnel médical ou les personnes bénéficiant de dérogations exceptionnelles.

Idem pour la sortie. Mais certains conducteurs, voire des cyclistes, franchissent le barrage et quittent la zone de quarantaine.

« Ils ne sont pas résidents dans la zone, ils l’ont juste traversée », explique un militaire, en concédant que la quarantaine est en train de se mettre en place et que les procédures sont parfois encore flexibles.

De nombreux automobilistes et camionneurs sont toutefois refoulés, dans le calme général. Même le chauffeur désespéré -« mais où je vais, moi ? qu’est ce que je vais faire ? »- et qui lance en faisant demi-tour « Pays de bouffons! » élève à peine la voix.

– Eau potable –

« La population est généralement très coopérative », reprend le militaire au barrage.

Et l’angoisse reste très contenue. « Si on devait avoir peur, qu’est-ce qui se passerait ? », sourit Gianluca Bragalini, un employé d’une société de distribution d’eau potable qui s’apprête à entrer en zone rouge avec une dizaine d’autres collègues. « On doit garantir le fonctionnement des services publics. Imaginez si l’eau potable venait à manquer ? ».

Arrive à pied Angela Grechi, responsable d’une association de protection des chats. Elle s’inquiète pour 80 félins abrités à Somaglia, une commune dans la zone rouge, qui n’auront bientôt plus à manger.


« J’espérais pouvoir livrer la nourriture ici au rond-point à notre responsable locale, mais il faut une autorisation de la préfecture », soupire-t-elle. « Je sais, ça paraît dérisoire de s’inquiéter pour des chats, mais… », lance-t-elle en tournant les talons.

Avec onze villes en quarantaine depuis dimanche, soit plus de 50.000 habitants confinés, l’Italie est devenue le premier pays européen à prendre des mesures drastiques pour contenir l’épidémie de Covid-19.

Quatre personnes sont mortes dans le nord du pays depuis vendredi, et plus de 200 cas ont été recensés. En Lombardie, la région de Milan, les autorités ont décidé la fermeture des écoles pendant une semaine et l’annulation de toutes les manifestations culturelles et sportives.

– ‘Situation absurde’ –

A quelques kilomètres de Casalpusterlengo, autre rond-point, autre barrage. Ambiance tout aussi tranquille, mais visions parfois angoissantes, comme cette ambulance qui rentre dans la zone à tombeau ouvert, conduite par un homme au visage entièrement masqué et revêtu d’une combinaison totale.

Stefano Medaglia, un menuisier de 32 ans, sa femme et leur bébé dans sa poussette arrivent à pied de la zone rouge jusqu’au rond-point.

« On est sortis faire quelques pas, on reste éloignés des autres gens, on prend nos précautions », explique le jeune homme originaire de Bertonico, une commune sous quarantaine. « Là-bas, c’est calme, il n’y a pas d’alarmisme. Mais c’est une situation étrange, absurde », soupire M. Ledaglia, qui craint pour l’activité de son entreprise familiale à Somaglia, autre ville dans la zone rouge.

« Je viens demander aux carabiniers (gendarmes, ndlr) s’il est possible de se déplacer d’une ville à l’autre à l’intérieur de la zone de quarantaine », explique-t-il. Il repart avec une réponse assez floue.

Pendant ce temps, certaines voitures entrent dans la zone, sans qu’on comprenne vraiment pourquoi. « Tant qu’elles restent sur la départementale, ca va. Il ne faut pas qu’elles prennent les petites routes et aillent dans les villages », dit un carabinier. Et comment peut-on le vérifier ? Il hausse les épaules.


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