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Festival international N’Sangu Ndji-Ndji : la 16eme édition annulée

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La 16e édition du Festival international des musiques et des arts N’Sangu Ndji-Ndji, programmée du 3 au 7 juin à Pointe-Noire, a été annulée.

Une fête très attendue qui était amenée à se dérouler dans les quatre coins de la ville océane, que ce soit à l’Espace culturel Yaro, l’Institut français, le site du marché de Mbota et le Mwanz de Djeno.  Au mois de mars, quand la covid-19 est apparue, le célèbre festival amorçait son dernier virage avec une programmation quasi terminée. Pierre Claver Mabiala, fondateur du festival fait une autopsie de l’évènement.

Quand s’est décidée l’annulation du festival

A la mi-mars, nous avions compris que la crise allait toucher cette édition. Mais, avec l’espoir que les choses allaient revenir à la normale quelques semaines plus tard, nous pensions donc à un report d’un mois. L’évolution de la pandémie nous a conduits à comprendre que les choses ne faisaient que s’empirer. Alors on a imaginé une édition réduite avec, dans le pire des cas, uniquement des groupes locaux. Mais les prolongements de l’état d’urgence sanitaire nous ont fait réaliser que l’édition nous échappait. Nous avons pris alors la décision, très douloureuse, de faire passer l’année 2020 sans N’Sangu Ndji-Ndji, pour une première fois depuis la création de ce Festival.

Quelle était la programmation prévue ?

Nous attendions fin avril pour confirmer tous les groupes programmés ou annulés certains, en fonction des moyens. Donc, juste avant que tout s’arrête au Congo-Brazzaville en raison de la covid-19, nous avions déjà toute notre programmation, tout au moins internationale, et 50% de la programmation nationale.  Pour cette édition, le rappeur Monza de la Mauritanie, le groupe Runny Noise de France, Manina Band du Maroc, l’orchestre Korè du Mali, le Collectif Café Donang du Tchad, la compagnie Taccems de la RDC, Lauriane Ekondo du Gabon, Bibiane Sadey du Cameroun, bien d’autres encore étaient à l’affiche.

Il a été envisagé une édition festival avec des groupes locaux, comment expliquer le choix de ne pas avoir reporté cette édition spéciale ?

Le Festival N’Sangu Ndji-Ndji est un événement majeur dans la vie culturelle et artistique à Pointe-Noire et au Congo-Brazzaville.  Le calendrier international des festivals en Afrique prend en compte ce Festival et nous obéissons à une harmonisation et planification des festivals. On peut reporter sur une période de deux à trois semaines voire un mois. Mais au-delà nous courons le risque de tomber sur la période d’autres événements. Et cela n’arrange pas les artistes internationaux qui sont dans des logiques de tournées, donc de passage de festival en festival. Cela concerne également les professionnels qui doivent faire des festivals pour programmer et animer des ateliers et rencontres professionnelles.  C’est une décision très douloureuse pour nous mais, parfois, pour des cas de force majeur comme cette pandémie, on n’a pas le choix.

Les partenaires et/ou sponsors étaient déjà engagés ?


 Il faut d’abord admettre que la crise économique et financière, qui sévit au Congo-Brazzaville depuis quelques années déjà, diminue nos moyens. Et il faut reconnaître que, depuis bientôt 10 ans, le N’Sangu Ndji-Ndji est soutenu à presque 70% par le mécénat et les partenariats locaux. En mars, nous sommes donc sur la dernière phase, ce qui veut aussi dire qu’à ce stade, la configuration presque finale des partenariats, du mécénat et du sponsoring de l’édition est en place. Nous avions donc déjà au mois de mars des garanties en financement et apports divers pour tenir cette édition.

Quelles conséquences économiques pour le festival avec l’annulation de cette édition ?

Il faut mesurer l’impact du Festival sur l’économie locale même si ça reste à une dimension moindre. On a des hôtels qui logent les artistes, qui chaque année attendent d’avoir quelques entrées, des agences de voyages pour les billets d’avion, des prestataires divers que ce soit pour la sonorisation, les lumières, le transport, la restauration. Et puis même si le festival est entièrement gratuit, il  y a le très nombreux public qui sort, qui se transporte, qui consomme. Pour l’Espace culturel Yaro qui organise, c’est quatre mois de charges de fonctionnement qui disparaissent dans notre budget de l’année, ce qui est énorme pour une organisation du secteur culturel. C’est également d’autres personnes travaillant en poste clés sur le Festival qui perdent au moins six mois de revenus mensuels. Il y a aussi les artistes bien évidemment. Les conséquences économiques sont multiples.

Le festival attend-il un soutien du fonds de solidarité ?

Je ne pense pas que c’est un souhait possible au Congo-Brazzaville actuellement : la prise en compte du secteur culturel dans le fonds de soutien aux entreprises pour la relance économique à la suite des conséquences engendrées par la covid-19.  Mais rêvons aussi. C’est du domaine de l’art aussi non ?

Le festival reprendra-t-il en 2021 en raison de ces difficultés financières qu’impose la crise économique ?

On n’imagine pas à l’Espace culturel Yaro la fin du Festival. Non, la 16e édition se tiendra en 2021 et la 17e en 2022 ainsi de suite. Le Festival International des musiques et des arts N’Sangu Ndji-Ndji pour l’Espace culturel Yaro est un engagement. Le projet continuera à faire évoluer sa vision, ce qui est d’ailleurs bien logique pour une entreprise qui s’inscrit dans la durabilité, donc on ne va pas s’arrêter maintenant. Quels que soient le contexte et les circonstances, sauf cas de force majeure comme la covid-19,  le festival aura lieu et chaque édition s’adaptera aux réalités de l’heure. C’est aussi l’engagement d’un projet militant. Un projet qui s’ancre dans la vie d’une localité et des communautés. Pour preuve de cet engagement, nous attendons que les mesures d’état d’urgence liées à la pandémie nous permettent symboliquement de programmer une ou deux demies journées de mini concerts et spectacles pour marquer malgré tout cette annulation.


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