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A Moscou, un hôpital public « modèle » en première ligne contre le virus

Une aile entière de l’hôpital public moscovite de Spassokoukotski a été reconvertie en service de maladies infectieuses. Moins d’une semaine après son ouverture, la quasi-totalité des lits y sont occupées par des malades du Covid-19.

« Ioura », « Masha »… Seuls les diminutifs griffonnés dans le dos permettent de distinguer les soignants emmitouflés dans leurs combinaisons de protection complètes, alors qu’ils s’apprêtent à passer le sas conduisant à la « zone rouge », où se trouvent les patients infectés par le nouveau coronavirus.

Moscou est le principal foyer épidémique du pays, avec 33.940 des 62.773 cas enregistrés et 288 des 555 morts, selon le bilan publié jeudi.

Dans l’établissement défraîchi de Spassokoukotski, les patients occupent déjà 406 des 434 lits mis à disposition il y a une semaine. Et déjà les cernes des soignants sont profondes.

Habituellement chirurgien gastrique, Dmitri Alaïev, 35 ans, est désormais responsable d’une section accueillant une quarantaine de malades. Après sept heures de service, il s’accorde une pause d’une demi-heure, avant d’y retourner.

« Le travail n’est pas facile, avec les combinaisons, les masques etc. Mais les chirurgiens ont l’habitude de travailler dans ces conditions », dit-il.

« Ce qui est difficile, c’est d’être loin de sa famille, en isolement », raconte le jeune médecin, buvant de grandes gorgées d’une bouteille d’eau.

Le personnel traitant le Covid-19 a en effet été relogé dans des hôtels, afin d’éviter la contamination des proches.

– Peur de la contamination –

Moscou, avec ses moyens financiers inégalés en Russie, est présenté par les autorités comme le modèle de la lutte contre l’épidémie.

A Spassokoukotski, les équipements de protection ne manquent pas, assurent les médecins lors d’une visite supervisée organisée pour l’AFP par le département de la Santé de la capitale russe.

Ici, des palettes entières chargées de masques, lunettes, combinaisons, couvre-chaussures sont stockées.

Mais ce n’est pas le cas partout en Russie. Selon des témoignages recueillis par l’AFP et des syndicats, de nombreux médecins font état de pénuries graves, qui risquent de faire d’eux des victimes et des vecteurs de contagion.

Le docteur Alaïev assure que lui et ses camarades restent « très optimistes malgré les circonstances », mais admet néanmoins avoir peur: « quand on voit le taux d’infection des médecins (…), je pense que la situation sera assez grave ».


Le ministère de la Santé n’a publié aucune statistique à ce sujet. Mais des dizaines de cas ont été rapportés par des soignants et des médias.

Ne souhaitant pas s’exprimer sur les conditions de ses collègues ailleurs en Russie, le médecin en chef de l’hôpital, Alexeï Pogonine se veut rassurant.

« Ici, des conditions uniques ont été créées pour accueillir les patients », déclare le responsable de 45 ans, également chef-adjoint des services de santé de Moscou. « Le personnel est à la fois psychologiquement et physiquement bien protégé ».

– Questions sur la capacité en lits –

Un protocole strict est en place. Une fois équipés, les soignants attendent devant le sas de sécurité l’heure exacte de leur prise de service, inscrite sur leur poitrine au feutre rouge. Liberté personnelle: certains agrémentent leurs combinaisons blanches de dessins de fleurs.

Les patients aussi sont, dit le Dr. Pogonine, dans des conditions de confort rares pour les hôpitaux publics russes, réputés décrépis après des années de coupes budgétaires: deux malades par chambre, des toilettes attitrées.

Les soignants disposent d’aires de repos où, vêtus de leurs pyjamas à carreaux de service, il prennent leurs repas ou piochent dans les livres disponibles, de Dostoïevski aux romans de gare.

Mais l’on ne s’y prononce pas sur l’avenir: que va-t-il se passer si l’hôpital et Moscou venaient à manquer de lits ?

Au rythme actuel, les 80.000 places disponibles en Russie seront occupées dans trois à quatre semaines, selon les autorités.

A Spassokoukotski, sur un canapé, deux infirmières se reposent adossées l’une à l’autre, comparent leurs manucures défraîchies, les traits tirés, la peau marquée par les masques et les cheveux en bataille.

Face à l’avenir incertain et loin de leurs proches, les soignants doivent se « soutenir émotionnellement », remarque l’infirmière en chef Oksana Barichnikova, 43 ans.

« Nous avons vraiment compris que nous sommes une grande équipe, une famille ».


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