Réunis à Yaoundé, les gouverneurs des banques centrales africaines, des représentants de l’Union africaine et les autorités camerounaises ont lancé un appel fort : intégrer les risques climatiques au cœur des politiques monétaires et financières, afin de protéger des économies africaines de plus en plus exposées aux chocs environnementaux.
La capitale camerounaise Yaoundé accueille cette semaine la 47ème Assemblée annuelle de l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA), marquée par un symposium de haut niveau consacré à un thème désormais incontournable : « Changement climatique et stabilité macroéconomique : rôle des Banques centrales ». Une rencontre stratégique qui réunit gouverneurs, experts financiers et représentants de l’Union africaine, au moment où le continent fait face à l’une des crises climatiques les plus sévères de son histoire.
Un continent en première ligne face aux dérèglements climatiques
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Dans son discours d’ouverture, Francisca TATCHOUOP BELOBE, Commissaire en charge du dévelopement économique, du commerce, du tourisme, de l’industrie et des mines de l’UA, a dressé un état des lieux alarmant : l’Afrique compte neuf des dix pays les plus vulnérables au monde, alors que les dégâts liés au climat pourraient coûter 38000 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici 2050. Sécheresses au Sahel, inondations en Afrique de l’Est, cyclones en Afrique australe… Les phénomènes extrêmes se multiplient, affectant la productivité, la sécurité alimentaire, les infrastructures et la stabilité des prix.
Pourtant, le continent ne reçoit que 30 milliards de dollars par an pour son adaptation climatique, loin des 277 milliards de dollars nécessaires. Un déficit de financement qui accentue les fragilités économiques et sociales.
Francisca TATCHOUOP BELOBE insiste sur la nécessité de faire évoluer les mandats traditionnels des Banques centrales, centrés sur la stabilité monétaire et financière : « Le risque climatique doit devenir une dimension centrale de la politique macroéconomique et de la supervision financière. »
Elle appelle à généraliser les stress tests climatiques, les analyses de scénarios et la modélisation des risques environnementaux, outils devenus essentiels pour anticiper les vulnérabilités du secteur bancaire.
Les Banques centrales sont également invitées à promouvoir la finance verte, à travers les obligations vertes, des mécanismes de refinancement concessionnel et le soutien aux investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures résilientes.
Dans une perspective plus large, la présidente de l’ABCA a rappelé l’ambition de l’Union africaine : bâtir une nouvelle architecture financière continentale, intégrant une Banque centrale africaine, un Fonds monétaire africain et un système panafricain de paiement.
Elle a plaidé pour une position africaine unifiée dans les négociations internationales sur le financement climatique : « L’Afrique subit un fardeau disproportionné malgré une contribution inférieure à 4 % des émissions mondiales. »
Le Cameroun met en avant sa propre vulnérabilité
Prenant la parole, le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, a rappelé les défis particuliers que traverse son pays, illustratif des réalités africaines :
– recul de 90 % du lac Tchad depuis les années 1960,
– pressions sur la forêt du bassin du Congo,
– intensification des sécheresses et inondations.
Selon l’Organisation météorologique mondiale, ces événements extrêmes auraient coûté entre 2 % et 5 % du PIB à plusieurs pays africains, un poids économique considérable qui menace directement la stabilité macroéconomique.
Hôte de l’événement, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a rappelé l’importance de la coopération continentale : « Nul pays ne saurait relever seul les défis climatiques et financiers. »
Il a encouragé :
– l’intégration des risques climatiques dans les modèles macroéconomiques,
– le développement de cadres réglementaires adaptés,
– la modernisation des systèmes de paiement,
– la promotion de la finance durable.
L’ensemble des intervenants convergent vers une même conclusion : sans une meilleure prise en compte des risques climatiques et un accès élargi aux financements internationaux, la stabilité macroéconomique de l’Afrique est menacée.
Ce symposium, marqué par une forte mobilisation des gouverneurs, constitue une étape clé pour orienter les actions futures et affirmer la place de l’Afrique dans la gouvernance climatique mondiale.
Alors que les travaux se poursuivent à Yaoundé, une conviction s’impose : la lutte contre le changement climatique n’est plus seulement une urgence environnementale, mais un impératif économique et monétaire pour l’avenir du continent.
