International › AFP

Zelensky, président d’Ukraine de la fiction à la réalité

Pas d'image

Volodymyr Zelensky a déjà été président d’Ukraine, à l’écran. La fiction devient lundi réalité pour le comédien qui a su tirer partie, par une campagne de « type simple » venu du peuple, de la déception des Ukrainiens envers leurs élites post-soviétiques.

Entré en politique par une déclaration de candidature aux airs de farce en plein réveillon du 31 décembre, cet acteur et humoriste a moins de quatre mois plus tard remporté une victoire écrasante face au sortant Petro Porochenko.

Pour ses partisans, Volodymyr Zelensky représente une chance de tourner la page d’une classe politique jugée corrompue et inefficace.

L’humoriste de 41 ans, adolescent au moment de l’indépendance de l’Ukraine en 1991, a promis d’amener au pouvoir des gens « avec une mentalité du 21e siècle ».

S’il a multiplié des rencontres avec des milieux d’affaires, militants et experts promettant des nominations « transparentes », M. Zelensky est pour l’instant resté silencieux sur les personnes qu’il compte placer aux postes-clés.

Craignant le chaos, ses détracteurs dénoncent des déclarations contradictoires de son équipe, un programme flou et une inexpérience dangereuse pour un pays parmi les plus pauvres d’Europe et en proie depuis cinq ans à une guerre avec des séparatistes prorusses dans l’est.

– Image sympathique –

Parmi les célébrités les plus connues de son pays, M. Zelensky a brouillé les lignes entre fiction et réalité grâce à sa série télévisée, où il joue d’un professeur d’histoire devenu président après avoir dénoncé la corruption endémique.

Cultivant l’image sympathique de son personnage, il se présente en homme du peuple qui s’exprime de manière décontractée, se qualifiant lui-même de « clown » ou rappelant volontiers son enfance provinciale à Kryvy Rig, ville ouvrière russophone aux usines déclinantes.

« Je ne suis pas un homme politique, je suis un type simple venu casser ce système! », s’est-il exclamé lors du débat du second tour.

M. Zelensky a aussi dit vouloir voyager en vols réguliers et transférer l’administration présidentielle du massif bâtiment soviétique à Kiev vers un « open space ». Son équipe a ensuite reconnu que cela serait difficile.


Il a promis de maintenir le cap pro-occidental pris en 2014 et de « tout faire » pour terminer la guerre, sans expliquer comment il comptait sortir le processus de paix de l’impasse.

M. Zelensky a en revanche durci le ton sur la Russie, disant vouloir demander au Kremlin des compensations pour l’annexion en mars 2014 par Moscou de la péninsule de Crimée et la guerre dans l’est alimentée par la Russie, selon Kiev et l’Occident.

En réponse à Vladimir Poutine qui suggérait « une citoyenneté commune » pour les Russes et Ukrainiens, il a répliqué: « La seule chose que nous avons en commun c’est la frontière ».

Après l’annexion de la Crimée et peu avant le début de la guerre dans l’est, M. Zelensky s’était déclaré prêt à se mettre « à genoux » devant M. Poutine pour éviter un « conflit militaire » entre les deux « peuples frères », s’attirant des accusations de faiblesse face à la Russie.

– Entrepreneur prospère –

Derrière une simplicité affichée pendant la campagne, Volodymyr Zelensky a derrière lui 20 ans de carrière impressionnante de touche-à-tout du spectacle qui a fait de lui un entrepreneur prospère du show-business — millionnaire en dollars — à la tête du studio Kvartal 95.

Ce père de deux enfants, diplômé de droit, a tourné des films populaires et multiplié les apparitions à la télévision en Ukraine comme en Russie.

Pendant une campagne très verrouillée, il a limité les contacts avec les électeurs aux spectacles de stand up de sa troupe et s’exprimant essentiellement dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

L’acteur a été également accusé d’être une marionnette du sulfureux oligarque Igor Kolomoïski, ennemi du président Petro Porochenko. Si le comédien dément, le milliardaire est, selon les médias, revenu en Ukraine jeudi, pour la première fois depuis 2017, depuis Israël.

D’ascendance juive mais non pratiquant, M. Zelensky a indiqué considérer la religion comme une affaire privée.


À LA UNE
Retour en haut