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« Migrer n’est pas un choix », rappelle la directrice générale de l’Unicef

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« Migrer n’est pas un choix », martèle la directrice générale de l’Unicef Henrietta Fore, qui insiste: la plupart des candidats au départ fuient « la violence, les conflits et le crime à des niveaux que nos sociétés n’imaginent même pas ».

Syrie, Libye, Amérique centrale, frontières nord et sud du Mexique, la situation des jeunes migrants est globalement « catastrophique ». « Nous, qui vivons dans des pays mieux développés, devons vraiment faire de notre mieux pour leur permettre d’arriver et les intégrer », insiste cette ancienne diplomate américaine, qui dirige depuis janvier 2018 le Fonds des Nations unis pour l’Enfance (Unicef).

« Les migrants ne souhaitent pas partir mais ils y ont forcé en raison de la situation économique ou de la violence qui règne chez eux », explique Mme Fore dans un entretien à l’AFP à Paris, en marge d’une réunion des ministres de l’Education des sept pays les plus riches (G7) avec ceux du G5 Sahel.

« Les frontières nord et sud du Mexique sont submergées parce que ces causes principales de départ ne sont pas corrigées », insiste-t-elle. « Vous entendez constamment deux choses, qui justement s’opposent: l’une concerne la violence des criminels et des gangs, l’autre est le besoin de trouver une source de revenu. Au Honduras, une femme m’a dit: +je ne cherche pas une vie meilleure, je veux juste survivre+ ».

« A Tijuana (à la frontière du Mexique et des Etats-Unis, NDLR), une jeune mère avec son enfant m’a expliqué: +Je ne veux pas partir, mais si je reste à Guerrero, je vais y laisser la vie+ », raconte-t-elle encore. « C’est aussi élémentaire et basique que ça ».

Situé sur la côte Pacifique, l’Etat de Guerrero est devenu le plus violent du Mexique et la proie des narcotrafiquants et des règlements de comptes meurtriers.

– 200 millions de migrants internationaux –

Selon le dernier rapport du HCR, le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés, 70,8 millions de personnes dans le monde sont déracinées, le double d’il y a 20 ans, fuyant guerres, conflits, persécutions… Le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) estime pour sa part à 200 millions le nombre de migrants internationaux – et à 740 millions les migrants internes, déplacés à l’intérieur de leur pays.


« L’humanité se trouve à un moment très particulier de son histoire moderne avec tellement de conflits », poursuit Mme Fore. « On ne peut rien faire dans ce domaine mais nous avons besoin d’argent pour mettre en place des programmes spéciaux ».

Pourtant, un appel de fonds de 4 milliards de dollars lancé par l’Unicef pour faire face aux situations d’urgence, comme celle liée aux cyclones qui ont dévasté le Mozambique, n’a été qu’à moitié financé.

L’organisation tente d’être présente le long des routes des migrants: « Nous essayons de leur fournir des vivres, des produits d’hygiène, une protection; nous les aidons aussi à retrouver leurs familles, leurs villages. Les jeunes, quand ils sont seuls, deviennent particulièrement vulnérables aux trafics, au travail forcé et leur voyage devient très périlleux ».

« Nous essayons d’aider les gouvernements des pays traversés », assure Mme Fore. En Libye, où sont parqués des milliers de candidats au départ – 5.200 dans les centres de détention officiels et des centaines voire des milliers estimés dans des lieux clandestins – « nous essayons de travailler dans les zones sous contrôle du Gouvernement et dans les zones qui leur échappent, mais c’est extrêmement difficile et dans la plupart des cas, la situation de jeunes est catastrophique », relève-t-elle.

Mardi soir, une cinquantaine de migrants ont été tués et 130 blessés dans un raid aérien sur un centre de détention de la banlieue de Tripoli. L’attaque a été imputée par le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj aux forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, qui a démenti son implication.

L’Unicef dispose d’un budget annuel de sept milliards de dollars, abondés par les gouvernements et des dons privés.


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