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Maaret al-Noomane, coeur de l’opposition devenue ville fantôme

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Des années durant, la ville de Maaret al-Noomane a été un des coeurs de l’opposition au régime syrien, avant de se transformer, sous l’effet des bombardements, en une ville fantôme où la « révolution » ne survit qu’à travers les grafittis sur les murs.

Voici un bref aperçu sur cette grande ville du nord-ouest de la Syrie, dont l’armée du régime a annoncé mercredi la reprise.

– « Révolution » –

Deuxième ville de la province d’Idleb, Maaret al-Noomane a été l’une des premières du pays à se soulever contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011, selon ses habitants.

Baptisée « la ville de la révolution », elle avait accueilli des manifestations massives, attirant des Syriens venus des villages attenants et mobilisés pour réclamer de meilleures conditions de vie ou un changement démocratique.

Les rebelles ont pris le contrôle de la ville en octobre 2012 et les raids meurtriers du régime lancés en représailles n’ont pas entamé la détermination de ses habitants.

Au début du soulèvement, des milliers de manifestants envahissaient chaque semaine les rues après la prière du vendredi, brandissant le drapeau de la « révolution » –frappé de trois étoiles– et scandant des slogans hostiles au régime.

Avec l’implication de nouveaux acteurs dans le conflit syrien, les slogans ont évolué pour viser également la Russie, allié indéfectible de Damas, mais aussi les jihadistes, de plus en plus influents dans le nord-ouest.

En mars 2019, alors que la province d’Idleb et ses environs étaient déjà sous la tutelle de l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, les habitants de la ville ont célébré l’anniversaire de leur « révolution ».

« Maaret al-Noomane a vécu neuf ans de révolution, dans tous les sens du terme », affirme Bilal Makhzoum, un ancien habitant de la ville.

« Pour moi, c’était comme l’eau et l’air. Je ne sais pas comment je vais continuer à vivre sans ».

– Autoroute-clé –

Maaret al-Noomane comptait il y a encore quelques mois environ 150.000 habitants. Après des semaines de bombardements meurtriers, elle est aujourd’hui quasi-déserte, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Sa reconquête est stratégique car elle se trouve sur l’autoroute M5 reliant Alep, grande ville du nord, à la capitale Damas.

La perte de la ville représente aussi un nouveau coup symbolique pour le soulèvement anti-régime, désormais réduit à des graffitis. « Les oliviers ne se reposeront pas tant que le jasmin ne sera pas libéré », a gribouillé une contestataire sur un mur.

« La révolution se poursuit », peut-on lire ailleurs.


– « Collection de mosaïques » –

Située non loin d’une quarantaine de villages antiques classés par l’Unesco au patrimoine mondial, Maaret al-Noomane abrite des sites historiques, dont un célèbre musée de mosaïques.

Un grand nombre de mosaïques découvertes et conservées au cours des siècles en Syrie sont rassemblées là, venues du royaume d’Apamé, de l’ancienne Antioche ou de cités disparues.

Des poteries, faïences et figurines de l’ère pré-islamique, y sont également exposées.

Avant le conflit, le musée installé dans un caravansérail bâti en 1665 par un sultan se targuait d’abriter « la plus grande collection de mosaïques du Moyen-Orient ».

Avec la guerre et les bombardements, des volontaires ont tout fait pour préserver les mosaïques romaines et byzantines.

D’anciens employés ont également joué un « rôle important » pour protéger le musée des pilleurs, indique à l’AFP l’ancien directeur des Antiquités syriennes, Maamoun Abdel Karim.

En 2015, le musée a été sérieusement endommagé par des raids aériens du régime, selon l’Association pour la protection de l’archéologie syrienne. Il a été touché l’année suivante par un tir de roquette du régime, d’après une autre ONG.

– Poète décapité –

Maaret al-Noomane est également la ville de naissance du poète de l’époque abbasside Abou al-Alaa al-Maari.

En février 2013, des inconnus ont coupé la tête d’une statue érigée en son honneur dans la ville.

Des militants ont accusé la branche d’al-Qaïda en Syrie, diffusant des images de la sculpture criblée de balles.

Né en 973, Abou al-Alaa al-Maari a perdu la vue à un jeune âge avant de devenir l’un des plus grands poètes arabes, réputé pour sa critique de l’islam et des autres religions.

Dans l’une de ses œuvres les plus connues, il écrit: « Il y a deux sortes d’individus dans le monde. Ceux qui ont un esprit et aucune religion, et ceux qui ont une religion mais aucun esprit ».



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