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Les Tchèques et les Slovaques marquent les 30 ans de la Révolution de velours

Le premier ministre milliardaire tchèque a regretté dimanche son passé communiste et la présidente libérale slovaque a salué les sacrifices des anciens dissidents, à l’occasion du 30e anniversaire de la Révolution de velours qui a renversé le communisme en ex-Tchécoslovaquie.

La chef de l’Etat slovaque Zuzana Caputova, ancienne militante écologiste, et le Premier ministre tchèque Andrej Babis ont rendu hommage à la révolution pacifique qui a ouvert la voie à la démocratie et à l’indépendance de leurs pays.

Cependant, trois décennies passées, les Tchèques et les Slovaques descendent à nouveau dans la rue, craignant que la corruption généralisée et des hommes politiques au passé communiste ne rongent leur démocratie.

Quelque 250.000 personnes ont manifesté samedi à Prague pour réclamer la démission de M. Babis, fragilisé par des accusations de corruption.

Le chef du gouvernement tchèque a déclaré dimanche regretter d’avoir adhéré dans le passé au parti communiste.

« Comme vous le savez sûrement, j’étais membre du Parti communiste. Je ne suis pas fier de cela », a déclaré M. Babis lors des cérémonies auxquelles ont assisté ses homologues hongrois, polonais et slovaque, ainsi que le président du parlement allemand Wolfgang Schaeuble.

Il a reconnu n’avoir pas été « aussi courageux et engagé que Vaclav Havel », le dramaturge et dissident longtemps emprisonné par le régime communiste, devenu président après la révolution de velours, et mort en 2011.

« Je suis là aujourd’hui, Premier ministre élu dans un scrutin libre et démocratique. Je souhaite donc, au moins maintenant, exprimer ma gratitude et mon humilité », a ajouté M. Babis dont le cabinet minoritaire s’appuie sur le soutien tacite des députés du parti communiste.

S’exprimant devant le mémorial à Bratislava dédié à quelque 400 Slovaques tués à l’époque en tentant de fuir vers l’Autriche voisine, la présidente Caputova a de son côté salué les « prisonniers de l’ère communiste ».

« En se battant pour votre propre liberté vous nous avez apporté la nôtre », a-t-elle souligné.

Militante anti-corruption et écologiste de 46 ans, Mme Caputova a été élue présidente en mars, après des manifestations massives provoquées par l’assassinat du journaliste d’investigation Jan Kuciak, abattu en 2018 alors qu’il enquêtait sur la corruption de haut niveau.

« La démocratie est une opportunité, pas une garantie de succès », a averti Mme Caputova, samedi.

Les Tchèques ont allumé dimanche un parterre de bougies au pied du mémorial à la Révolution de velours à Prague.

Svatopluk Cerny, spécialiste en technologies de l’information, 53 ans, a déclaré à l’AFP que, bien que l’année 1989 ait apporté « un changement radical » dans le domaine de la liberté, « de nombreuses chances ont été ratées (…) que ce soit en politique ou dans l’environnement ».


Plusieurs milliers de personnes ont fait sonner leurs clés et allumé leurs portables dans le centre de Bratislava pour demander que justice soit rendue dans l’affaire du journaliste assassiné.

Selon Jan Budaj, ancien dissident devenu député de l’opposition conservatrice, « la liberté a été atteinte mais il s’agit maintenant de lutter pour la justice et pour un Etat de droit qui fonctionne ».

– Communistes, populistes –

Les responsables politiques enracinés dans l’époque communiste n’ont jamais disparu et rejoignent souvent les populistes de Prague et de Bratislava.

Andrej Babis a pris ses fonctions en 2017 après la victoire électorale de sa formation populiste ANO promettant la lutte contre la corruption en République tchèque.

Ancien communiste, M. Babis est confronté aujourd’hui à une série d’accusations de corruption et à une enquête de la Commission européenne sur un conflit d’intérêts possible autour de son holding Agrofert regroupant différentes activités dans ses vastes exploitations agricoles, dans les médias et dans le secteur chimique.

M. Babis a été aussi identifié comme agent dans des dossiers secrets de la police communiste des années 1980.

Le chef du gouvernement tchèque rejette ces accusations.

L’année dernière, la Slovaquie a connu ses plus grandes manifestations depuis la Révolution de velours, déclenchées par l’assassinat de Jan Kuciak.

Avec un passé communiste, Robert Fico, à la tête des sociaux-démocrates populistes au pouvoir en Slovaquie, a été contraint de démissionner du poste de Premier ministre après ce meurtre, mais son parti Smer-SD est toujours donné favori des élections législatives en février.

Le vendredi 17 novembre 1989, la police tchécoslovaque avait dispersé brutalement une marche d’étudiants, ce qui avait déclenché leur grève le lendemain, et la création d’un mouvement d’opposition qui avait négocié l’abandon du pouvoir par le Parti communiste.

À la fin de décembre 1989, Vaclav Havel, alors chef de l’opposition, avait été élu président de la Tchécoslovaquie. Le pays s’était ensuite divisé pacifiquement en République tchèque et Slovaquie en 1993.



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