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Le fondateur du Samu, Louis Lareng, ou le combat au forceps d’un visionnaire

Le fondateur du SAMU, le professeur Louis Lareng, s’est éteint dimanche à Toulouse à 96 ans. Après avoir déplacé aux forceps l’hôpital « hors les murs », ce visionnaire a aussi initié « la médecine sans les murs » pour téléporter la santé dans les campagnes.

Lors d’un entretien à l’AFP, en 2016, Louis Lareng avait rappelé la mission qu’il s’était fixée lorsqu’il n’était encore qu’un jeune anesthésiste-réanimateur: « l’égalité d’accès aux soins ».

« Il s’agit de sauver des vies et de soigner ceux qui n’en ont pas les moyens », expliquait alors ce professeur agrégé en médecine. « Il faut distribuer du bien-être à tous, en tout point du territoire », insistait-il de son accent qui roulait.

Son premier combat, celui du SAMU, ce natif des Hautes-Pyrénées l’a mené au bout, malgré les interdits et les hostilités.

L’idée d’amener « le médecin au pied de l’arbre » avait germé cinq décennies auparavant. « A cette époque, il y avait une proportion considérable d’accidents de la route ».

Chaque grande ville s’était alors dotée d’un centre de réanimation respiratoire pour les victimes de poliomyélite. Mais Toulouse est épargnée: le Pr Lareng pense à reconvertir le centre pour les accidentés de la route.

Il fallait « traiter l’insuffisance respiratoire au pied de l’arbre », soulignait-il, « sauver le malade qui avait buté sur l’arbre, malgré l’interdiction de tous les hôpitaux français, de soigner hors les murs ».

Le médecin brave l’interdit: « Je couchais à la police et je partais sur l’accident dans le panier à salade ». Avec le concierge de l’hôpital qui souvent l’accompagnait, « on préparait en sous-main la médicalisation de l’urgence ».

A force de détermination, le Pr Lareng obtient « à titre expérimental » la mise en place d’un « secours d’urgence » à Toulouse.

La circulaire qui l’autorise le 18 février 1969 évoque déjà un « service d’intérêt général » subventionné à 70% par l’Etat et coordonnant « les secours privés et publics ».

Pour autant, Louis Lareng, maire d’Ayzac-Ost de 1965 à 1977, commune où il était né, n’a pas dit son dernier mot: « Il faut un SAMU dans tous les départements ».


Auprès de Simone Veil, alors ministre de la Santé, il plaide pour réorganiser partout le transport sanitaire. Il obtient du ministre des Télécommunications cloué sur son lit d’hôpital que le « 15 » soit dédié au SAMU.

Elu député PS de Haute-Garonne en 1981, il finalise sa bataille par une loi qui soulèvera « l’hostilité du gouvernement » et des professions médicales, mais qui sera finalement adoptée à l’unanimité en 1986.

Déjà cet ancien enfant de choeur, qui ne connut sa mère tuberculeuse qu’à travers une vitre jusqu’à l’âge de 2 ans, avait décidé de « donner du temps aux autres, malgré l’individualisme régnant ».

– La médecine en tout point du territoire –

L’ancien boursier de médecine, élevé par sa tante préparatrice en pharmacie à la mort de sa mère, et marié à une professeure en bactériologie, a toujours en tête de « rapprocher la santé du social ».

« Vous n’allez pas vous arrêter là », lui aurait lancé le général de Gaulle. « En attendant les secours au pied de l’arbre, vous devez prévoir que chaque citoyen français puisse porter secours », lui aurait-il dit, l’incitant à créer la fédération nationale de la protection civile.

Commandeur des Palmes académiques en 1976, officier de l’ordre national du Mérite en 1981, commandeur dans l’ordre national de la Légion d’honneur en 1993, puis promu au rang de grand officier de la Légion d’honneur en 2016, le Pr Lareng, à qui « notre médecine d’urgence doit beaucoup », était un infatigable défenseur de la santé pour tous, a salué dimanche la ministe de la Santé Agnès Buzyn.

Il continua d’oeuvrer à la modernisation du SAMU et initia la télémédecine, une « nouvelle pratique médicale à distance », qu’il voulait inscrire au coeur de l’aménagement du territoire.

« On peut soigner à distance en amenant le conseil médical, l’expertise en des lieux où il manque de médecins » ou en remplaçant « le médecin par un robot », plaidait-il.

« Il faut continuer à innover. Le jour où on ne le fera plus on soignera comme à l’ancien temps », disait-il.



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