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La stabilité en Guinée-Bissau doit passer par un nouveau climat de « confiance »

La Guinée-Bissau vit une nouvelle instabilité politique, suite au limogeage par le président José Mario Vaz du Premier ministre de consensus Aristides Gomes. Mais comme depuis son indépendance du Portugal en 1974, le pays se cherche à tous les niveaux une stabilité qui passerait par l’instauration d’un climat de « confiance » entre les acteurs politiques, selon certains spécialistes interrogés par APA.Avant José Mario Vaz, 61 ans et actuel chef d’Etat élu en 2014, « aucun président n’avait terminé son mandat », fait remarquer Paulin Maurice Toupane, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), rappelant les « assassinats » de certains prédécesseurs comme João Bernardo Vieira dit Nino Viera (mai 1999) ou encore Kumba Yalà (septembre 2003).

Mais ces « cycles d’instabilité » s’expliquent surtout par les « antagonismes » entre les acteurs politiques qui se mènent une « lutte intense pour le contrôle du pouvoir politique » mais aussi par « l’architecture institutionnelle » dont « les failles laissent la porte ouverte à des interprétations abusives » comme celle ayant mené au limogeage du Premier ministre Aristides Gomes, poursuit l’expert.

Ainsi faisant fi de la feuille de route de la Cedeao qui charge le Premier ministre Aristides Gomes de conduire les affaires courantes jusqu’à la présidentielle prévue le 24 novembre, le président Vaz dont le mandat a officiellement pris fin depuis juin dernier, a démis ce dernier et son gouvernement de leurs fonctions.

Il a justifié son acte par « une grave crise politique qui empêche le fonctionnement normal des institutions de la République ». 

Malgré les injonctions de la Cedeao, le préident Vaz a nommé jeudi dernier un nouveau gouvernement de 31 membres (25 hommes et six femmes) dirigé par Faustino Fudut Imbali. 

Cette mesure est contre l’avis de la communauté internationale qui soutient ouvertement Aristides Gomes et menace de « sanctions » ceux qui entraveraient le processus électoral.

Mais aujourd’hui, « il y a des raisons de douter de la tenue de l’élection présidentielle » même si les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de la Cedeao avaient réussi à poser les jalons du processus électoral lors d’une réunion en juin 2019, en décidant de manière consensuelle que le gouvernement de M. Gomes devait l’organiser.

Par ailleurs, la Cedeao avait réussi à convaincre les acteurs politiques bissau-guinéens que « c’est le fichier électoral utilisé pour les législatives qui sera maintenu ».


Mais malgré cela, rappelle Paulin Maurice Toupane, un « problème de confiance » et des « antagonismes profonds » demeurent entre le président actuel, Domingos Simoes Preira (son ancien Premier ministre) et le PAIGC (le parti traditionnellement au pouvoir) de façon générale mais aussi entre le Madem G15 qui a été créé par les députés exclus du PAIGC ».

Ainsi la situation dans ce pays lusophone laisse présager un « nouveau risque de coup d’Etat » avec la création de « deux gouvernements, pouvant amener les militaires à intervenir », selon Abba Seidik, journaliste, écrivain et spécialiste de l’Afrique.

Désormais, la balle est dans le camp du président Vaz, qui devrait « revenir sur sa décision », pense l’ancien rédacteur en chef du magazine Jeune Afrique.

Mais même s’il existe « des rumeurs de préparation de coup d’Etat », la « forte présence » de la communauté internationale notamment la Cedeao pourrait jouer « un rôle dissuasif », analyse M. Toupane.

L’organisme sous-régional, ajoute-t-il, assure depuis 2012 la « sécurité des institutions et de certaines personnalités importantes » et travaille par ailleurs « en collaboration » avec les forces armées de la Guinée-Bissau : un pays qui a accédé à l’indépendance en même temps que le Cap-Vert mais se positionne aujourd’hui pour certains comme un Etat narcotrafiquant et peine à se tracer un chemin vers le développement.

Et Abba Seidik ne cherche pas loin pour expliquer cette situation. Selon l’ancien rédacteur en chef du magazine Jeune Afrique, « la Guinée-Bissau n’a pas bénéficié d’élites politiques nationalistes, bien formées. Alors qu’au Cap Vert, les gens ont misé sur la formation ».



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