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La main d’oeuvre nord-coréenne, enjeu crucial entre Moscou et Pyongyang

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Kim Jong Un ne sera pas cette semaine, lors de sa visite historique à Vladivostok, le seul Nord-Coréen en Russie. Ce pays emploie en effet une main d’oeuvre nord-coréenne bon marché d’environ 10.000 travailleurs, qui est une source précieuse de devises pour Pyongyang.

Le dirigeant nord-coréen cherchera probablement auprès du président russe Vladimir Poutine à renforcer les relations économiques avec Moscou, au moment où la diplomatie avec Washington est dans l’impasse.

Le but de cette première rencontre bilatérale à ce niveau depuis celle en 2011 entre Kim Jong Il et Dmitri Medvedev, serait aussi pour Pyongyang de sortir de la très forte dépendance vis-à-vis de la Chine.

Une des premiers « produits d’exportation » de Pyongyang est sa main d’oeuvre qu’elle fournit volontiers à moindre coût à ses voisins, en échange de l’essentiel de leurs revenus, selon les organisations de défense des droits de l’homme.

Human Rights Watch dénonçait en 2017 pléthore de violations des droits de ces travailleurs, citant notamment « l’absence de liberté d’association ou d’expression, la surveillance par des personnes limitant leurs mouvements et leur accès aux informations extérieures, des horaires à rallonge et l’impossibilité de refuser les heures supplémentaires. »

Pour autant, ces contrats d’expatriés seraient très prisés des Nord-Coréens parce qu’ils leur permettent de mettre un peu de côté.

– Le couperet des sanctions –

Moscou est le deuxième « importateur » de cette main d’oeuvre après Pékin, selon l’ONU.

En Russie, les Nord-Coréens sont pour la plupart employés dans l’Extrême-Orient, dans les secteurs minier et forestier, dans le textile ou le BTP.

MM. Kim et Poutine ont à cet égard un intérêt commun à l’allègement des sanctions internationales pesant sur la Corée du Nord. La résolution 2397 du Conseil de sécurité de l’ONU de décembre 2017 demande à tous les pays employant des Nord-Coréens de les renvoyer chez eux sous deux ans.

Dans un document officiel, Moscou faisait état en 2018 de 11.490 Nord-Coréens ayant un permis de travail valide, soit trois fois moins qu’auparavant.

La semaine dernière, des responsables nord-coréens ont demandé à Moscou de continuer à employer des ouvriers du Nord après la date limite fixée par l’ONU, selon le site spécialisé NK News.

La Russie a déjà plaidé pour l’allègement des sanctions et, pour le chercheur Ahn Chan-il, lui-même un transfuge du Nord, « Moscou a probablement des objectifs à long terme ».

« Le plus important sera l’accès à la main d’oeuvre nord-coréenne bon marché, avant même celui à ses ressources naturelles, si les sanctions sont un jour levées et si le Nord réduit un jour la taille de son armée », dit-il.


– Une Corée stratégique pour Moscou –

L’allègement immédiat des sanctions fut une revendication majeure de M. Kim lors de son deuxième sommet avec le président américain Donald Trump en février. Une rencontre qui a capoté sur la faiblesse des concessions auxquelles Pyongyang était prêt en retour.

Le Nord, qui renferme l’essentiel des ressources naturelles de la péninsule, était jadis beaucoup plus riche que le Sud. Mais des décennies de mauvaise gestion et l’effondrement de l’Union soviétique ont mis le régime à genou.

Il réalise aujourd’hui plus de 90% de son commerce international avec la Chine, selon les estimations.

Les exportations de produits nord-coréens vers la Russie ne se sont chiffrées en 2018 qu’à 1,98 million de dollars, selon l’International Trade Centre. Les instruments de musique représentent plus de 70% du total.

En revanche, les importations nord-coréennes de Russie se sont élevées à 32,1 millions de dollars, dont 21,6 millions de dollars de combustible fossile et de pétrole.

Mais avant que l’ONU n’impose des sanctions très larges contre la Corée du Nord, celle-ci avait plusieurs projets de coopération économique avec la Russie.

Figurait notamment la restauration et l’extension de la voie ferrée de 54 km entre le port nord-coréen de Rason et Khassan, localité russe au croisement des frontières nord-coréenne et chinoise.

Moscou exporte déjà du charbon en Chine via Rason, bénéficiant pour ce faire d’une dérogation de l’ONU.

Et Moscou ambitionne de longue date d’emprunter la péninsule coréenne pour envoyer ses hydrocarbures vers d’autres pays comme le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan.

En 2011, Kim Jong Il était allé en Sibérie discuter avec M. Medvedev d’un projet de gazoduc et de lignes électriques. Mais le dirigeant nord-coréen était décédé trois mois plus tard et aucun progrès n’a été enregistré dans ces projets.

« La Russie n’est pas pressée », observe M. Ahn. « Mais elle sait qu’un éventuel chemin de fer intercoréen, s’il était relié à la Russie, serait un facteur de développement pour les régions pauvres de Sibérie. »


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