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La digue entre droite modérée et extrême droite se fissure en Allemagne

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Jusqu’ici taboue en Allemagne, l’idée d’une alliance politique entre le parti conservateur d’Angela Merkel, en difficulté, et l’extrême droite en plein essor, commence à faire débat en Allemagne et sème la zizanie.

La direction du parti démocrate-chrétien (CDU) de la chancelière rejette aujourd’hui catégoriquement cette option, surtout depuis le meurtre au début du mois d’un élu local du parti par un membre présumé de la mouvance d’extrême droite la plus violente.

Mais le débat, impensable il y a encore quelques années, émerge bien avant trois élections régionales clés dans à partir de septembre dans l’Est du pays, où le parti anti-migrants et de droite ultra Alternative pour l’Allemagne (AfD) pourrait, selon les sondages, arriver en tête et compliquer fortement la formation de coalitions locales pour gouverner.

– « Pas exclure » –

« Quoi qu’il en soit, nous ne devrions pas exclure la possibilité d’une coalition » avec l’AfD: les propos d’un responsable du parti d’Angela Merkel dans l’un des Etats de l’ex-RDA, la Saxe-Anhalt, a fait cette semaine l’effet d’une petite bombe.

« Ce n’est pas possible maintenant, mais nous ne savons pas ce que sera la situation dans deux ou cinq ans », a ajouté Ulrich Thomas dans le journal Mitteldeutsche Zeitung.

Peu avant, c’est l’ancien chef du Renseignement intérieur, Hans-Georg Maassen, tenant d’une ligne très à droite au sein de la CDU, qui n’a pas exclu une alliance au niveau national.

« Je crois que dans la situation actuelle, nous exclurions la possibilité d’une telle coalition, mais on ne sait jamais », a-t-il admis.

Cet appel du pied a été repris le vice-président de l’AfD, Georg Pazderski, qui s’est félicité que « le front uni (contre son mouvement) commence à s’effriter ».

« En particulier, la base de la CDU, qui a été massivement déçue par ses propres dirigeants, ne peut pas s’entendre dire que le parti devrait être plus proche de la gauche que de l’AfD », a-t-il déclaré à l’édition dominicale du journal Die Welt.

Une allusion à la réorientation au centre du parti conservateur sous l’ère Angela Merkel depuis 2005. Et au fait qu’actuellement les médias allemands spéculent plutôt sur une alliance entre centre-droit et écologistes, qui ont le vent en poupe du fait de l’effondrement des sociaux-démocrates, pour gouverner un jour le pays.


« Pour que ce soit clair pour tout le monde: la CDU rejette strictement toute coalition ou coopération avec l’AfD ! », a twitté Paul Ziemiak, le secrétaire général du parti, pour tenter de clore le débat.

– Sous pression –

Mais le mouvement de la chancelière est sous pression: après une victoire décevante aux législatives de 2017, le parti continue de s’effriter dans les sondages. Une enquête pour la chaîne RTL publiée samedi ne place la CDU qu’en deuxième position à 24% d’intentions de vote derrière les Verts qui culminent à 27% et devant l’extrême droite à 13%.

Et la rentrée s’annonce très turbulente avec des élections régionales à partir de septembre dans le Brandebourg, en Thuringe et en Saxe, tous des bastions de l’AfD dans l’ex-RDA, qui pourrait même y devenir la première force politique.

Mais pour les Verts, des alliances formées localement entre CDU et extrême droite, constitueraient un obstacle pour une éventuelle coalition conservateurs-écologistes au niveau national.

« Ce serait une brèche dans le barrage démocratique et cela augmenterait soudainement la distance qui nous sépare » d’eux, a prévenu vendredi l’un de ses dirigeants, Michael Kellner.

Ce débat naissant constitue une difficulté supplémentaire à gérer pour le parti de Mme Merkel dont la dauphine supposée, Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée « AKK », est déjà de plus en plus contestée en interne suite à un revers subi aux Européennes.

Elle est aussi très affaiblie pour avoir mal géré une polémique avec des youtubeurs sur le climat et donné l’image d’un parti déconnecté des préoccupations des jeunes électeurs.

Angela Merkel a même cette semaine donné le sentiment de lâcher AKK en reprochant à son parti d’être trop sur « la défensive » et pas assez « ouvert ».



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