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Erdogan limoge le gouverneur de la banque centrale

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan a limogé le gouverneur de la Banque centrale, qu’il accusait de maintenir des taux trop élevés, une décision lourde de conséquences pour l’économie turque et qui fait de l’institution « l’otage du palais » présidentiel, selon ses détracteurs.

Le décret présidentiel est tombé samedi, comme un couperet : Murat Cetinkaya, dont le mandat courait jusqu’à 2020, est remplacé par Murat Uysal, son gouverneur adjoint.

Le décret ne précise pas la raison de cette mesure.

De récentes rumeurs dans les milieux économiques et politiques faisaient état de dissensions entre M. Cetinkaya, à la tête de l’institution depuis avril 2016, et le gouvernement sur l’opportunité d’une baisse du taux directeur.

Celui-ci, qui s’élève à 24%, avait atteint ce niveau inédit en septembre, quand le gouverneur avait décidé de le remonter de 625 points de base pour tenter d’enrayer la dégringolade de la livre.

Un taux « inacceptable » pour le président Erdogan, qui a critiqué à plusieurs reprises la politique monétaire de la banque centrale, qualifiant le haut niveau des taux de « mère de tous les maux ».

« Je respecte l’indépendance de la banque centrale mais laissez-moi le dire clairement : je suis contre la politique monétaire et, par-dessus tout, les taux d’intérêt élevés », a-t-il encore dit le mois dernier.

Le président a cité en exemple son homologue américain Donald Trump, qui a encore accentué sa pression récemment sur la Fed pour qu’elle baisse ses taux (autour de 2,5%) afin de stimuler l’économie.

Le décret présidentiel turc intervient paradoxalement au moment où l’économie connaît un début de reprise, Ankara ayant enregistré une hausse de 1,3% de son PIB au premier trimestre, ce qui lui a permis de sortir de la récession.


Surtout, l’inflation a baissé en juin pour atteindre 15,72% en rythme annuel, après 18,71% en mai. Un recul plus marqué qu’attendu qui, selon Bloomberg, ouvre la voie à une baisse des taux lors de la prochaine réunion de l’institution monétaire le 25 juillet.

– « Otage du palais » –

Mais le récent échec électoral du parti présidentiel au pouvoir, l’AKP, pourrait avoir nourri la volonté de M. Erdogan de reprendre la main. En effet, l’AKP a bâti son succès depuis 2002 sur la croissance insolente de l’économie qui a permis une nette amélioration des conditions de vie – jusqu’à l’effondrement de la livre turque face au dollar en août 2018 qui a plongé le pays dans la récession pour la première fois depuis 2009.

D’autant qu’aux faiblesses structurelles de l’économie s’ajoute le spectre de sanctions américaines en lien avec l’achat par Ankara de missiles russes.

Quelle sera la politique du nouveau gouverneur ?

M. Uysal, en poste depuis juin 2016, a assuré qu’il continuerait à oeuvrer « de manière indépendante » et resterait focalisé sur son « objectif principal », qui est d’assurer « la stabilité des prix », a indiqué la banque centrale dans un communiqué. Elle a précisé que le nouveau gouverneur tiendrait une conférence de presse dans les prochains jours.

Le parti d’opposition CHP a accusé le président de miner la crédibilité du pays. « Ceux qui font ça ont perdu le droit de dire +ayez confiance en notre économie+. La banque centrale turque est l’otage du palais. Stop! », a posté sur Twitter Faik Oztrak, un porte-parole du parti kémaliste.

« Comme je l’avais prévu, Ankara est en train de s’engager sur un chemin aventureux depuis l’échec des élections », a réagi de son côté l’économiste Ugur Gurses sur le réseau social. « Le but de l’éviction du gouverneur de la banque centrale est clair : faire marcher la planche à billets et baisser les taux. Mais le gouverneur ne peut pas être limogé pour des raisons extérieures à la loi (régissant l’institution, ndlr). Or un décret présidentiel n’est pas au-dessus de la loi », a-t-il ajouté.


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