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Dans le nord du Brésil, une vague de violences alimentée par le chaos carcéral

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Des attaques contre des bâtiments publics dans le Nord-est du Brésil, alimentées depuis les prisons par des narcotrafiquants : le président d’extrême droite Jair Bolsonaro fait face depuis début janvier à son premier défi sécuritaire, conséquence d’un système carcéral en plein déliquescence.

Plus de 400 membres de la Force nationale ont été dépêchés ces dernières semaines dans la ville de Fortaleza et dans le reste de l’Etat Ceara pour rétablir l’ordre et épauler la police locale, après une série d’attaques de gangs de narcotrafiquants contre des bâtiments publics, banques, autobus ou commissariats.

L’envoi de ces renforts avait été demandé par le gouverneur de gauche de l’Etat, et autorisé par le gouvernement du président Jair Bolsonaro, entré en fonction le 1er janvier et qui a promis une ligne dure contre la criminalité.

Le nombre d’attaques a depuis diminué, mais elles n’ont pas totalement cessé, et de nombreux habitants craignant pour leur vie préfèrent rester cloîtrés chez eux.

A l’origine de cette vague de violences, l’annonce par le gouvernement local d’un durcissement des conditions de détention, empêchant des membres de factions criminelles de contrôler divers trafics depuis les prisons.

En représailles, ces dernières se sont alliées pour orchestrer une quarantaine d’attaques à l’explosif ou d’incendies contre des bâtiments publics dans tout l’Etat, jusqu’à Fortaleza. Ces attaques ont semé la panique dans la population, en pleine saison touristique.

Cette flambée de violences « n’est que la face visible de la cocotte-minute qu’est le système pénitentiaire brésilien », estime Camila Nunes Dias, de l’Université fédérale d’ABC (Sao Paulo), spécialiste des groupes de narcotrafiquants brésiliens.

« Les prisons sont surpeuplées, sans les infrastructures nécessaires ni la gestion adéquate de l’Etat (…) Cela provoque des vagues de violences de plus en plus fréquentes, depuis l’intérieur jusqu’à l’extérieur des prisons », souligne-t-elle.

Le Brésil compte la troisième population carcérale au monde, avec 726.712 prisonniers en juin 2016, soit deux fois plus que la capacité officielle des prisons, selon des chiffres du ministère de la Justice.

Les prisons du pays « sont aux mains des détenus eux-mêmes », en raison de l’incapacité de l’État à fournir les conditions de base telles que la nourriture, les vêtements et la surveillance, explique Camila Nunes Dias.

– Violence alarmante –


« Nous devons montrer que c’est l’État qui commande », a déclaré le gouverneur du Ceara, Camilo Santana, pour justifier le durcissement des conditions de détention, après une réunion avec le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Sergio Moro.

Le gouverneur a demandé au ministre l’envoi de 400 hommes de la Force nationale, une unité d’élite du gouvernement fédéral, ainsi que 90 agents pénitentiaires.

Parallèlement, une quarantaine de membres de gangs criminels ont été transférés dans des prisons fédérales de haute sécurité, et quelque 800 policiers militaires à la retraite ont été appelés pour renforcer les patrouilles.

Mais même si la situation se normalise peu à peu, le nouveau ministre de la Justice va devoir faire face au problème structurel de la criminalité liée au narcotrafic qui, ces dernières années, a fait flamber de manière alarmante le taux de violence au Brésil.

Ce qui, il y a 10 ou 15 ans, était un phénomène limité aux grandes villes comme Sao Paulo et Rio de Janeiro, s’est aujourd’hui étendu à tous les États brésiliens. Les États du Nord-est comme Rio Grande do Norte, Ceara et Pernambuco, sont parmi les plus violents du pays.

Pour le nouveau gouvernement, la législation en vigueur n’est pas suffisante pour réprimer des attaques comme celles du Ceara.

Une position partagée par le gouverneur de l’Etat, du Parti des travailleurs (PT, gauche) : « C’est la première fois que de telles choses se produisent, attaquer à la bombe des ponts, détruire des émetteurs. Cela ne peut être qualifié que de terrorisme. Nous devons revoir la législation », a défendu M. Santana.

Pour Camila Nunes Dias, le système carcéral est à bout de souffle. Elle prône la mise en oeuvre de politiques visant à réduire à long terme la population carcérale.

« Il ne s’agit pas d’ouvrir les portes des prisons et libérer tous les détenus. Mais de mettre en place des politiques publiques, qui font défaut dans le pays, pour à court, moyen et long terme, réduire le nombre de détenus », défend-elle.


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