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Burkina: Bobo-Dioulasso, orpheline des touristes

« On nous peint en rouge. Il n’y a plus de touristes comme avant. Même les coopérants ne viennent plus », se désole Antoine Atiou, gouverneur de la région des Hauts Bassins dans le sud-ouest du Burkina Faso, perle touristique du pays délaissée par les voyageurs occidentaux en raison des attaques jihadistes récurrentes dans le pays.

Par « peint en rouge », le gouverneur entend les cartes de conseils aux voyageurs des chancelleries occidentales qui déconseillent les déplacements à Bobo-Dioulasso, même si la ville n’a jamais été touchée par une attaque. Le Nord et l’Est subissent des attaques incessantes (600 morts en quatre ans) alors que l’Ouest a déjà été attaqué et un couple italo-canadien a disparu sur la route entre Bobo et Ouagadougou, la capitale.

Il n’existe pas de chiffres précis pour Bobo-Dioulasso mais au niveau national, selon le « Tableau de bord des statistiques du tourisme 2017 » publié par le ministère du tourisme, un peu moins de 150.000 des 500.000 visiteurs annuels viennent de l’étranger soit une baisse de 5,6% par rapport à 2015. On est passé de 30.000 nuitées de voyageurs en provenance de l’Europe en 2012 à moins de 15.000 en 2017. Pire, « la tendance s’est probablement accélérée en 2018 et en 2019. Ouaga résiste un peu mieux, parce qu’il y a du tourisme d’affaires », souligne un opérateur dans la capitale.

– « Pire, pire, pire » –

Jadis, Bobo, célèbre pour ses masques, ses balafons et ses batiks, attirait des milliers de touristes occidentaux venus voir la Grande mosquée, la gare, le marché. De plus, les voyageurs dormaient souvent à Bobo avant de se rendre dans les environs pour visiter la forteresse de Loropeni, dômes de Fadedougou, pics de Sindou, cascades de Karfiguela, maisons troglodytes de Niansogoni… La ville servait aussi de carrefour pour ceux qui se rendaient au pays dogon au Mali, en Côte d’Ivoire ou au Ghana.

« Tout le monde passait par Bobo. Nous étions vraiment une région touristique. Maintenant c’est fini », affirme Benjamin Ouedraogo, propriétaire de l’hôtel Watinoma et président de l’association professionnelles des hôteliers et restaurateurs des Hauts Bassins.

« Nous ne faisons plus que le tiers de notre chiffre d’affaires. Avant, on avait un taux de remplissage de plus de 50%. Maintenant, si on est à 30%… L’activité est au plus bas. Les clients ont fait baisser les prix, vous êtes obligés d’accepter. Certains ont arrêté ou cherchent à vendre », explique-t-il soulignant que l’augmentation du tourisme national ne compense pas, de loin, la désaffection des étrangers.

Il assure avoir pris une deuxième activité dans la construction pour ne pas fermer l’hôtel. « Nous avons demandé de l’aide mais l’Etat c’est la cata! », affirme-t-il, après avoir vu les demandes de réductions d’impôts ou de tarifs préférentiels d’eau et d’électricité refusées.


« C’est dur, dur, dur! Pire, pire, pire! Ca fait quinze jours qu’on n’a pas vu un touriste », se désole Sanou Moumouni, guide depuis 22 ans de la mosquée et du quartier ancien de Kibidwé. « A cause des assassins (jihadistes), on n’a plus de travail. On en a marre. Avant il y avait plein de touristes. Parfois, pendant les vacances, tu pouvais faire 100.000 CFA en deux jours (150 euros). Maintenant, je n’ai pas fait 5.000 (7,5 euros) depuis 3 mois. Je vis à crédit », assure-t-il.

Dans le vieux quartier de Kibidwé, les femmes lavent leur linge et des enfants jouent dans les rues terreuses, mais les échoppes destinées aux touristes sont pour la plupart fermées.

L’artiste Sanon Bissiri sort précipitamment ses batiks aux motifs africains en apercevant les journalistes occidentaux. « Je ne les accroche plus tous les jours, ça ne sert à rien. Depuis le mois de juillet, je n’ai même pas vendu deux batiks. Tout ça à cause de jihadistes, là », dit-il. « Avant, les bons mois, je pouvais gagner 300.000 même 400.000 (francs CFA, 600 euros). Maintenant, je suis obligé de faire de la maçonnerie ».

L’artiste vendait notamment à une association italienne qui venait régulièrement à Bobo-Dioulasso. « C’est terminé. On survit. C’est ma femme qui subvient aux besoins. J’avais une moto, je n’ai plus d’argent pour l’essence. je viens à pied tous les jours: 6 km. Je n’ai pas de quoi acheter des médicaments pour mon fils qui tousse ».

C’est aussi la déprime dans les bars et maquis de Bobo, réputée pour sa vie nocturne, sa bière de mil artisanale (tchapalo), ses musiciens.

« Ca marche encore un peu avec les nationaux », affirme le musicien Gaoussou Ben Sanou. « Mais ce n’est plus la même chose. Il y a moins d’argent, moins de dates, de concerts. On ne vend plus de disques ».

« Les gens hésitent aussi à sortir », reconnaît le gouverneur. « Tout ça pèse sur l’activité économique générale. Malheureusement, c’est aussi ça l’objectif des terroristes ».



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