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Benjamin Griveaux, l’ambitieux devenu incontournable

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Marcheur de la première heure, Benjamin Griveaux, 41 ans, investi mercredi candidat de La République en marche aux municipales à Paris, est un ambitieux devenu incontournable en Macronie, réputé pour son ardeur à défendre le chef de l’Etat autant que pour son côté clivant.

« Il paraît qu’il voulait déjà être maire de Paris à l’âge de 19 ans », raille un député de la majorité. Au commencement, celui qui est diplômé de Sciences Po et HEC – il a en revanche raté l’ENA – avait pourtant fait ses armes politiques sur ses terres natales, en Saône-et-Loire.

Ce fils d’un notaire et d’une mère avocate s’était fait élire conseiller municipal de Châlon-sur-Saône, puis conseiller général en 2008, sous la présidence d’Arnaud Montebourg, alors qu’il avait gravité dès 2003 dans les cercles strauss-kahniens, avant de participer à la campagne de DSK à la primaire de 2006.

« Benjamin Griveaux, c’est mon fils spirituel », raconte aujourd’hui l’ancien ministre François Patriat, ex-PS jadis proche de l’ancien patron du FMI et passé chez LREM. « J’étais au lycée avec sa mère. Je voulais en faire mon successeur à la Région (Bourgogne), mais il s’est fait tuer par les socialistes orthodoxes », déplore cet indéfectible soutien.

A défaut des charmes discrets de la bourgeoisie provinciale, c’est dans le cabinet parisien de la ministre socialiste de la Santé, Marisol Touraine, que l’ambitieux a poursuivi son ascension à partir de 2012.

Et, après un passage, en 2014, par la direction de la communication et des affaires publiques du groupe d’immobilier commercial Unibail-Rodamco, sa carrière connaît un tournant en 2015, lorsqu’il est contacté par Ismaël Emelien, alors conseiller d’Emmanuel Macron, pour la création du mouvement En Marche !.

Car le petit commando qui entoure celui qui est alors ministre de l’Économie de François Hollande se connaît de longue date: Stanislas Guerini, Ismaël Emelien, Cédric O, Benjamin Griveaux… tous d’anciens « DSK boys », dont l’amitié s’est nouée au QG de leur champion, sis rue de la Planche à Paris.

En s’engageant pour Emmanuel Macron, Benjamin Griveaux se rend indispensable dans la campagne, coordonne le porte-parolat du parti et multiplie les passages télévisés ou radio, autant qu’il accroît sa notoriété.

– « Une vraie confiance » –


Parallèlement, il décroche l’investiture dans la 5e circonscription de Paris et se fait élire député en juin 2017, en battant au passage la députée (PS) sortante Seybah Dagoma, une autre ancienne de la rue de la Planche. L’éclatante réussite se parachève par une nomination au gouvernement, d’abord comme secrétaire d’État à Bercy puis comme porte-parole, en novembre 2017.

Ses amis apprécient son côté cash. Il est « intelligent, malin », selon un ministre; « mesuré, efficace », selon une autre ponte du gouvernement; « une vraie confiance face à l’adversité », loue encore le secrétaire d’État Gabriel Attal.

Mais les critiques qu’il essuie sont au moins aussi ardentes: « dévoré par l’ambition », cingle un socialiste qui lui fut proche, quand un autre épingle son « arrogance » et assure qu' »il a beaucoup d’ennemis, pas forcément à tort ».

Ce côté clivant trouvera une illustration durant la crise des « gilets jaunes »: le 5 janvier dernier, une poignée de manifestants défoncent avec un engin de chantier le portail de son ministère, précipitant l’évacuation du porte-parole par les jardins.

« On me dit arrogant, cassant mais jamais insincère », répond l’intéressé, qui met son image dégradée dans l’opinion sur le compte de son passage au porte-parolat du gouvernement, notamment en pleine crises Benalla ou « gilets jaunes ».

Père de trois enfants, ce fan de l’écrivain Brett Easton Ellis, de séries américaines et du groupe de rock Nirvana n’avait jamais fait mystère de son intérêt pour la mairie de Paris, lui qui a longtemps vécu dans le Ve arrondissement.

D’abord confronté à une avalanche de candidatures concurrentes chez LREM, le jeu des ralliements avait réduit la compétition à un match face à Cédric Villani, adversaire qui s’est révélé coriace dans la dernière ligne droite.

Mais, parti avec un temps d’avance, Benjamin Griveaux s’était assuré la fidélité de l’appareil LREM parisien autant que celle d’une partie du gouvernement et de bon nombre de députés macronistes.


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