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Au Mozambique meurtri par le cyclone, « l’eau était pleine de serpents »

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Emmitouflés dans des tissus, des survivants du cyclone au Mozambique dorment au beau milieu d’une rue de Buzi, ville encore partiellement inondée. D’autres ont été évacués et racontent l’angoisse. « C’était effrayant, on courait dans tous les sens, l’eau était pleine de serpents », se rappelle Otelea Jose.

« On est resté cinq jours sur un toit. Il y avait tellement de monde qu’on a dû dormir assis », poursuit cette mère de cinq enfants, à peine débarquée dans la ville portuaire de Beira (centre), à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau de Buzi.

« Pendant trois jours, on n’a pas eu de nourriture. Après, on a eu des biscuits, mais ce n’est pas vraiment de la nourriture. »

Otelea Jose a toutefois survécu. Elle cherche maintenant son mari, à Beira au moment du cyclone, pour lui annoncer la formidable nouvelle.

Le cyclone Idai, qui a frappé le Mozambique dans la nuit du 14 au 15 mars avant de balayer le Zimbabwe, provoquant inondations monstres et éboulements de terrain, a fait plus de 700 morts.

Et le bilan devrait encore grimper, ont prévenu les secours dépassés par l’ampleur de la catastrophe.

Joao Zacaria reste hanté par les journées passées encerclé par les eaux à Buzi, l’une des villes les plus dévastées.

« Je suis monté sur un arbre. J’y suis resté quelques heures et puis je suis allé sur le toit d’une usine », se rappelle-t-il.

« Il y a tellement de morts qu’on ne peut pas les compter », prévient-il. « Un homme possédait 40 vaches et il les a toutes perdues. 40 ! Vous imaginez. »

Avec une centaine d’autres sinistrés évacués, Joao Zacaria vient d’arriver à Beira à bord d’un bateau affrété par Cornelder, l’entreprise qui gère le port.

Il compte faire le plein de nourriture avant de retourner à Buzi et retrouver sa famille restée sur le toit de l’usine de sucre de canne.

Dans la ville, d’autres sinistrés dorment toujours sur un container, sur les gradins d’un stade de basket-ball ou sur une scène en plein air, a constaté un photographe de l’AFP.


– Du ‘Jamais vu’ –

Sur un toit en tôle, Manduana Manaque, 70 ans, essaie, tant bien que mal, de se protéger de la pluie avec une bâche verte. A côté d’elle, quelques maigres biens qu’elle a pu sauver: une chaise et un petit meuble en bois détrempés, des gamelles et un appareil hifi.

« Je n’ai jamais vu un truc pareil. Même les anciens n’ont pas vécu quelque chose de cette ampleur. En 2000, il y a eu des inondations, mais l’eau arrivait jusqu’aux épaules (…). Là, l’eau a tout recouvert », explique Joao Zacaria, épuisé.

En 2000, des inondations sans précédent depuis un demi-siècle au Mozambique avaient fait 800 morts.

A Buzi, comme dans le reste du pays, la décrue a désormais commencé, révélant l’étendue des dégâts.

Rosa Tomas, son fils d’un an sur les hanches, inspecte sa maison dont le toit n’a pas résisté à la force des vents.

Le sol est boueux. La porte a disparu. Les murs anciennement blancs sont marron sur une hauteur de deux mètres, témoignant de la violence des inondations.

Un adolescent fait sécher le bien le plus précieux qu’il a pu sauver des eaux, des photos de famille.

Des femmes lavent dans l’eau boueuse des vêtements avant de les étendre sur des fils électriques et des branches de bananiers qui ont rompu.

Une autre, l’eau à mi-genoux, tente de soulever une tôle pour reconstruire sa maison.

Manuel Machacawa Maezane, 76 ans, a, lui, préféré fuir. A l’arrivée du bateau de pêche sur une plage de Beira, il ressemble à un enfant. Il éclate en sanglots en tombant dans les bras de son fils retrouvé, qui lui tend un spray de Ventoline. Il peut enfin respirer.


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