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Afghanistan: la rencontre de Doha en quête d’une « porte de sortie » au conflit

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Talibans et responsables afghans se retrouvent dimanche au Qatar pour tenter de parvenir à un règlement politique, tandis que les Etats-Unis escomptent un accord de paix d’ici trois mois.

Après une première rencontre à Moscou, présentée comme une avancée mais qui n’a pas réglé les dossiers les plus épineux, que faut-il attendre de la rencontre de Doha qui survient après une semaine de négociations directes entre Américains et talibans également dans la capitale du Qatar ?

– Que va-t-il sortir de la rencontre de Doha ? –

Pas nécessairement grand-chose. « On peut attendre un communiqué général et vague, stipulant quelques principes généraux et anodins et soulignant la nécessité d’avancer », prédit Michael Kugelman, du cercle de réflexion Wilson Centre.

« Comme ce dialogue n’est qu’à ses débuts, je n’anticipe aucune percée significative », mais « le simple fait qu’il y ait un dialogue est un succès en soi, compte tenu du paysage politique afghan volatil et fragmenté et du fait qu’il y a eu des faux départs dans le passé », rappelle l’analyste.

Côté américain, on espère des progrès rapides après 18 interminables années de guerre.

« L’administration américaine est très intéressée à ce qu’un accord aboutisse. Elle cherche la porte de sortie. Elle veut boucler la guerre et déclarer la victoire », relève Colin Clarke, du cabinet d’analyse Soufan Center.

– L’absence du gouvernement afghan est-il une victoire pour les talibans ? –

Co-organisée par le Qatar et l’Allemagne, et programmée pour durer deux jours, la rencontre de Doha se déroule sans la présence officielle de représentants du gouvernement de Kaboul. Ils ne seront là qu’à titre individuel.

Est-ce à dire que les politiciens afghans sont « marginalisés » ? Oui, opine Colin Clarke, « mais le fait même qu’il y ait des pourparlers et qu’ils semblent avancer sans accroc est à mettre à l’actif de Doha qui a réussi à faire se rencontrer ces factions disparates ».

Pour Michaël Kugelman, les talibans négocient en « position de force »:

Ainsi, « personne — ni les Etats-Unis, ni le gouvernement afghan — n’est en mesure de repousser la demande des talibans que les officiels afghans ne participent à ces discussions interafghanes qu’en leur qualité personnelle ».

Les talibans refusent de négocier avec le président Ashraf Ghani et une précédente tentative de ramener les deux parties à la table des discussions a échoué après un désaccord sur les participants.

– Pourquoi négocier aujourd’hui ? –


Le dialogue reprend — sur l’insistance appuyée des Américains — juste après des discussions de paix à Doha entre les insurgés afghans et des représentants américains.

Elles portent sur quatre points: le retrait des troupes américaines, l’assurance que l’Afghanistan ne servira pas de refuge à des groupes insurgés voulant attaquer d’autres pays, un dialogue inter-afghan et un cessez-le-feu permanent.

Si les deux parties semblent s’accorder sur les deux premiers points, les talibans freinent sur les deux derniers.

Fin juin à Kaboul, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a dit vouloir croire en un accord de paix « avant le 1er septembre ». Cela permettrait d’avoir un accord avant la prochaine présidentielle afghane prévue en septembre, source potentielle d’instabilité.

Donald Trump veut retirer toutes les troupes américaines d’Afghanistan, où elle sont arrivées fin 2001, après les attentats du 11-Septembre — ce qui en fait la plus longue guerre de l’histoire des Etats-Unis –, pour des raisons autant militaires que financières.

« Il y a désormais un sens de l’urgence plus grand », constate M. Kugelman.

« Avec la présidentielle prévue en septembre, les Américains, le gouvernement afghan et les autres acteurs clés veulent engranger le plus possible avant que le pays n’entre en campagne électorale », observe l’expert du Wilson Centre.

« Une fois démarrée cette dernière, autant dire qu’il sera difficile de rester très concentré sur le processus de paix en Afghanistan, contrairement à maintenant », selon lui.

– Qui participera à la reprise du dialogue –

L’Allemagne, qui joue un rôle-clé dans le soutien international au gouvernement afghan, et le Qatar, qui a des contacts avec les talibans, ont lancé les invitations. Il s’agit de promouvoir « un échange direct entre Afghans ».

Mais la liste définitive des participants — facteur décisif dans le succès (ou l’échec) des négociations — ne sera peut-être pas connue avant la reprise des pourparlers dimanche. Les talibans ont fait état de la présence d’une soixantaine de personnes.

De la réussite de la réunion de Doha dépendra l’attitude du président Ghani, s’il laisse ou non ses rivaux politiques s’y exprimer, avertit Michael Kurgerman.

Et de la participation, ou de l’exclusion, des puissances régionales (Pakistan, Iran et Inde), ajoute Colin Clarke qui met en garde contre « un objectif à court terme au dépens de la stabilité à long terme ».


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