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Dada Kahindo : « Nous continuons de subir sans rien dire »

Par adiac-congo.com - 31/03/2017

A l’occasion de la Journée mondiale du Théâtre célébrée par la communauté théâtrale dans le monde entier le 27 mars, la comédienne se dit désespérer de l’avenir de la profession

 

Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Mon nom est Dada Kahindo, je suis artiste comédienne et opératrice culturelle.

Que représente pour vous la journée du 27 mars ?

C’est une journée qui nous permet de réfléchir sur notre profession, de faire une évaluation sur l’évolution de notre métier dans le monde et au pays, en particulier.

Comment évolue-t-il selon vous, quelle est la situation du théâtre en RDC ?

En tout cas, il se trouve dans une situation chaotique. Déjà, il n’y a plus d’édifice dédié au théâtre. Les rares qui répondent un peu aux normes sont des espaces qui ne nous appartiennent même pas. Il faut toujours aller négocier pour une diffusion de spectacle. Or, si un comédien ne joue pas, il n’exerce pas son métier.

L’atmosphère semble difficile à vivre mais comment parvenez-vous à tenir malgré tout ?

Je n’aime pas utiliser cette expression même si elle se vérifie. En fait, nous essayons de survivre avec les espaces qui existent. Nous nous accommodons des conditions que nous trouvons. L’on ne peut pas vivre que du théâtre. Il n’y a pas d’espace de travail et encore moins de frais de création. Cela n’existe plus. Dans la majorité des cas, la plupart des artistes d’arts scéniques travaillent avec leurs propres moyens. Ils le font par passion, par amour pour la profession et par la suite négocient certaines diffusions à gauche et à droite, une ou deux fois et puis, c’est tout. Il est difficile de vivre du théâtre en RDC.

Les choses présentées de cette manière, pensez-vous qu’il y a un avenir pour le théâtre ?

Telles que les choses se présentent, nous désespérons. Si l’on ne prend pas les choses en main en faisant notamment beaucoup de bruit, c’est cette façon de faire qui marche, je tais beaucoup de choses. Si nous ne faisons pas beaucoup de bruit, il y a de quoi désespérer. Nous désespérons que le théâtre n’existe plus et que nous cherchions à voir et à nous lancer dans l’art qui paie. L’avenir du théâtre au Congo ne dépend pas seulement de nous mais aussi des politiques car s’ils ne s’y mettent pas, ne nous écoutent pas, nous allons continuer à souffrir.

 


© Droits reservés
Ce discours n’est pas encourageant pour les jeunes qui apprennent l’art dramatique à l’Institut national des arts…

C’est vrai qu’il n’est pas encourageant, mais comme je le disais, il faut faire beaucoup de bruit pour espérer se faire entendre.

Qu’entendez-vous par « faire du bruit » ?

C’est de s’adresser aux grandes institutions, aux décideurs via les médias un peu comme je le fais par le biais de cette interview avec Les Dépêches de Brazzaville. Mais cela ne suffit pas si nous ne voulons pas retomber dans le schéma d’avant, c’est-à-dire, continuer à vivre de la coopération et de tout ce qui va avec.

Nous le faisons mais cela ne nous rend pas libres, nous demeurons dépendants. Nous devons toujours négocier pour les espaces de diffusion. Des comédiens, des troupes à Kinshasa, il y en a plusieurs et tous doivent courir derrière à peine deux espaces qui ne sont d’ailleurs pas des théâtres. Devrons-nous passer nos carrières à jouer juste dans les espaces de coopération. Est-ce cela qui va assurer l’avenir du théâtre au Congo ? Nous jouons pour ceux qui nous donnent de l’argent pourtant nous devons faire de l’art pour les Congolais et jouer devant eux. Nous devons faire du bruit pour rappeler que notre théâtre, celui du Zoo est à l’abandon. C’est un appel que je fais aux autres artistes. Le problème c’est aussi le fait que l’on ne revendique pas. Nous continuons de subir sans rien dire. Je crois que plus nous serons nombreux à faire du bruit plus cela finira par se faire entendre.

Même si nous n’en serons pas les bénéficiaires, faisons-le même pour ceux qui viendront après nous. Il faut bien commencer quelque part. Et, en dehors de la salle du Zoo, il y a une autre qui est confisquée par les politiques au Palais du Peuple. Je pense qu’en dehors des deux espaces qui nous sont ouverts de temps à autre, nous devons reprendre les nôtres.
 

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