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« Nous avons les tarifs moins chers qu’au Cameroun et qu’au Gabon »

Par ticmag.net - 03/11/2016

C’est une affirmation de Yves Castanou le directeur général de l’Agence de régulation des Postes et des communications électroniques du Congo Brazza

 

Le directeur général de l’Agence de régulation des Postes et des communications électroniques du Congo Brazza, Yves Castanou, a présenté aux jeunes innovateurs congolais le 22 octobre 2016 à Brazzaville dans les locaux de YekoLab à l’immeuble Warid son récent Prix ATP 2016 (Africa Telecom People) de la meilleure régulation et gouvernance en Afrique centrale. Un prix qui récompense son engagement et son soutien à l’incubateur YekoLab qui forme et soutien les jeunes congolais en matière du numérique, tout en soutenant financièrement leurs innovations.
La rencontre avec les jeunes de YekoLab s’est transformée en une séance de questions réponses avec les jeunes. Et certains médias, dont TIC Mag, faisaient partie de la rencontre. Les moments forts de ces échanges avec le DG de l’ARPCE en insistant sur les raisons du soutien de l’ARPCE à YekoLab, sur le montant investi par le régulateur, sur la levée de fonds de l’ARPCE auprès de l’Union africaine pour le point d’échange Internet du Congo et sur ses explications relatives aux tarifs de la data estimés élevés par certains.

Quel est l’objectif de l’ARPCE en soutenant YekoLab et comment l’ARPCE entend-il le soutenir à l’avenir ?

(…) Je ne suis pas un bon communicant, mais je m’efforce d’être un bon travailleur. La bible dit « Si quelqu’un est fidèle dans de petites choses, on l’établira dans de grandes choses ». Cela veut dire que si à partir de l’expérience de YekoLab aujourd’hui, à partir de votre discipline, de votre sérieux, de votre constance, de la régularité que l’on voit aujourd’hui au niveau de YekoLab, mon objectif c’est de faire en sorte que ce qui a commencé grandisse. Quand Max Bonbhel qui est le président de Yekolab disait que nous sommes aujourd’hui dans cet étage, demain il serait bon que ce ne soit pas seulement un étage, mais qu’il y ait plus d’espaces, un plus grand nombre de jeunes qui y soient formés. Aujourd’hui, c’est peut-être une centaine, mais on peut imaginer que demain ce soit un millier de jeunes qui soient formés chaque année au métier du numérique. Ce sera excellent. Pour cela, il faudrait que l’on grandisse que l’on se déploie. Tout à l’heure Max disait qu’ils ont en projet d’avoir tout un bâtiment.

Imaginez que YekoLab ait un immeuble comme celui de l’ARPCE (à dix niveaux, rires) et qu’à chaque niveau il y ait des centres de formation, des laboratoires, des espaces pour les incubateurs, des entreprises, imaginez l’impact que cela peut avoir pour un pays. Dans le mot ‘’imaginer’’, il y a image. Ce serait un endroit de transformation et d’enregistrement des merveilles. C’est cela que je veux. S’il fallait consacrer plus pour ceux qui sont sérieux et dont on voit les résultats, je le ferai. Les jeunes sont venus, ils n’y croyaient pas au départ. Ils ont vu. On ne leur a pas demandé d’où ils venaient, de quelle ethnie ils étaient, quelle était leur nom de famille. On a juste regardé le potentiel, et on a dit, ‘’Ce gars peut devenir’’ et l’on investit en lui. Non seulement, on le forme dans le domaine technique, mais on le forme également dans la maîtrise de soi, qu’il ait une bonne image de lui-même, qu’il aime son pays, qu’il travaille pour le changement. J’ai toujours dit que si quelqu’un croit qu’il peut changer le monde, si quelqu’un croit qu’il peut changer le Congo, qu’il peut contribuer à y apporter une valeur ajoutée, alors, il est le bienvenue dans ce genre d’initiative de YekoLab.

Comment évaluez-vous le soutien de l’ARPCE à YekoLab en terme de chiffres ?

Nous sommes à peu près entre 400 et 500 millions de Francs Cfa de soutien annuel à YekoLab. Mais, cela ne prend pas en compte les charges de loyer. Parce que c’est dans ce bâtiment que l’ARPCE était logé avant. C’était le siège de l’ARPCE. Quand on a déménagé, nous avons pris ce siège, nous l’avons un peu transformé et nous l’avons donné à YekoLab. Donc, en vérité, l’investissement de l’ARPCE à YekoLab est supérieur à 500 millions de Francs Cfa. Mais, j’ai envie de dire qu’est-ce que 500 millions de Francs Cfa devant une seule personne transformée ? Vous savez, une seule personne transformée peut transformer le monde. Si vous investissez dans les gens, ce sont ces gens qui transformeront le monde. Donc, c’est une bonne chose.

Cela peut paraître beaucoup ou pas assez, mais qu’est-ce que c’est devant ces témoignages extraordinaires de vies transformées ? Cela n’a pas de valeur. C’est également parce que les besoins de YekoLab sont très importants. Il y a un parc informatique à transformer, à acquérir, il y a plusieurs projets qui ont besoin de soutien. C’est pour cela que Max, le président de YekoLab, faisait appel aux partenaires. Franchement, ce genre de projet doit être soutenu. Chaque fois je lance également ce cri de cœur. Soutenez ce genre d’initiatives ! Ne laissez pas l’ARPCE seule. MTN Congo est sponsor dans une certaine mesure. D’ailleurs, j’ai dit à MTN, vous pouvez faire beaucoup plus que ce que vous avez fait aujourd’hui. Donc, je dis aux opérateurs mobiles au Congo, vous pouvez faire beaucoup plus que ce que vous faites aujourd’hui pour le soutien aux initiatives des jeunes.

L’ARPCE a récemment obtenu de l’Union africaine un financement de 150 000 dollars pour son point d’échange Internet. A quoi servira ce financement et comment les jeunes pourront en bénéficier ?

L’ARPCE a effectivement obtenu de l’Union africaine un financement de 150 000 dollars. C’est un financement qui va nous aider à améliorer la mise en place de notre point d’échange Internet. Ils ont choisi le Congo à travers l’Arpce comme étant le point d’échange Internet de l’Afrique centrale. C’est une bonne chose. C’est une plateforme autour de laquelle plusieurs services vont se greffer. Mais, 150 000 dollars, c’est une goutte d’eau dans un océan, car le projet qu’on a est un projet extrêmement ambitieux.

Dans le numérique, il y a les infrastructures, les contenus, la formation. L’Union africaine accepte de faire du Congo le hub sous régional, le point d’échange Internet sous régional. Pour nous, c’est une excellente reconnaissance, mais aussi une pression supplémentaire, parce que maintenant il va falloir avoir les services qui vont avec, les ressources humaines qui vont avec, des personnes formées pour travailler dans ces infrastructures-là, etc. C’est pour cela que je dis aux jeunes, il y a de l’avenir pour vous ici au Congo. Dans ce pays. Ce n’est pas la peine que tout le monde aille en France. Vous pouvez vous former ici et transformer votre pays en étant ici. Vous allez faire la différence en étant ici. Et quand vous sortirez d’ici ce sera pour aller transformer la France et les autres pays. Je rêve qu’un jour les Congolais aillent transformer les autres pays. C’est possible et cela va se faire.

 


© Droits reservés
Que fait l’ARPCE pour que les tarifs de la data soient davantage accessibles aux jeunes, car ces tarifs sont plus élevés au Congo que dans certains pays de la sous-région Afrique centrale ?

J’ai d’ailleurs entendu le représentant de la Banque mondiale dire que les capacités internationales de la fibre optique étaient plus chers ici. C’est faux ! Ce n’est pas vrai. Le tarif de location des capacités internationales n’est pas assez élevé au Congo. C’est nous qui travaillons sur la régulation des prix. Tout le monde peut navigateur sur Internet. Nous avons une étude que nous avons lancé sur les tarifs data. Etude mené par un expert connu au niveau international, c’est Pape Gorgui Touré de Tactikom. Même l’Union africaine des télécommunications invite chaque fois Tactikom pour faire les études de marché. Et Tactikom est venu ici. Pendant un an ils ont fait une étude et ils ont rendu le rapport il y a deux mois et croyez-moi, c’est ce qui confirme que ce que vous dites est faux. Ils ont dit : « Attention DG, les opérateurs mobiles au Congo sont en danger, parce que les tarifs de l’Internet sont très bas ».

Quand on fixe des tarifs, on ne les fixe pas simplement comme ça parce qu’on doit avoir des tarifs. Les tarifs doivent prendre en compte le coût des infrastructures, le coût des ressources humaines, le coût des services, etc. Il y a un ensemble de paramètres à prendre en compte pour déterminer les tarifs. Et il nous a dit, au Congo vos tarifs sont beaucoup trop bas par rapport à la moyenne des autres pays. Si Tactikom qui connait plusieurs pays le dit, c’est parce qu’il a des éléments concrets et pour le dire et pour faire ses études. Il va chez les opérateurs, il regarde toutes les offres des opérateurs et il dit ’’les tarifs de l’Internet sont très bas, il faut les relever’’. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Mais, nous sommes en train de réfléchir. Pas forcément pour relever les tarifs de l’Internet au Congo, car ce n’est pas une bonne chose, mais réfléchir pour voir comment faire pour équilibrer les charges.

Parce qu’aujourd’hui, à cause des tarifs de l’Internet qui sont bas au Congo, il y a quelques défis à relever. Premièrement, revoir la qualité de l’Internet. C’est une préoccupation. Il faut qu’il y ait un Internet de qualité. Or, aujourd’hui, nous n’avons pas vraiment un Internet de qualité. C’est bien d’avoir la connexion data avec 5 000 F.Cfa ou 10 000 F.Cfa, mais quand la qualité de l’Internet que vous avez est médiocre, ce n’est pas la peine de payer. Donc, le challenge, c’est d’abord la qualité. Ce sont des problèmes assez complexes. Je ne vais pas m’étaler dessus. L’ARPCE est le régulateur. C’est son travail de contrôler les prix et je vous dis qu’aujourd’hui nous avons les tarifs les plus bas. Ils sont moins cher qu’au Cameroun, nous sommes moins cher qu’au Gabon. Aussi bien au tarif vocal qu’au tarif Internet. Pour la RCA, je n’en parle même pas…

Des tarifs pas toujours très accessibles aux jeunes…

Le but c’est de rendre Internet accessible à tous, là c’est clair et non négociable. Mais le but également c’est de rendre l’Internet accessible et un Internet de bonne qualité. Vous savez, parfois vous voulez avoir le prix le plus bas que vous aurez la qualité la plus médiocre. Donc, il faut arriver à faire une compensation entre la qualité et coût. Le régulateur n’est pas l’opérateur. Le régulateur a le devoir de mettre en place une politique tarifaire. C’est ce qu’on fait. Moi, je ne contrôle pas la qualité. C’est la tâche des opérateurs. Et honnêtement, j’aspire avoir un pays où l’on peut avoir l’Internet partout, mais un Internet de qualité. Au niveau des coûts, c’est vrai, les opérateurs ont fait beaucoup d’efforts pour la réduction. Ils ont une multitude de tarifs pour différentes cibles de la population. Je leur dis : « c’est vrai vous avez fait des réductions dans les offres, mais la qualité n’est pas bonne ». Et dans la qualité, il y a plusieurs facteurs qui entrent en compte. L’on en parlera plus tard.
 

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