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« Il est temps d’élaborer une nouvelle loi claire sur l’urbanisme »

Par adiac-congo.com - 22/09/2016

Réélu récemment à la tête de l’Ordre des architectes du Congo, Antoine Beli Bokolojoué évoque, ses nouvelles ambitions, les relations avec la tutelle, les constructions anarchiques

 

Vous venez d’être réélu à la tête de l’Ordre des architectes du Congo pour un nouveau mandat de deux ans, quelles sont alors vos priorités ?

Merci ! Les priorités, vous savez, il y a une conviction qui guide le travail de l’Ordre des architectes depuis des années, c’est la ville, le village et plus généralement le cadre de vie bâti. Son territoire offre un puissant levier pour réussir l’engagement de notre société dans une voie durable, respectueuse de son environnement et de ses ressources. C’est ce que nous allons faire, c’est-à-dire participer à l’amélioration du cadre de vie bâti de nos concitoyens. Nous voulons aussi pendant ce mandat, vulgariser le permis de construire parce que nombreux de nos concitoyens ne savent pas que pour construire, il faut un permis.

Nous allons vraiment essayer de forcer les pouvoirs publics à vulgariser ce document parce que nous pensons que c’est l’un des moyens pour mettre de l’ordre dans l’anarchie au niveau des constructions qui sont en train de naître dans nos villes et villages.

Qui peut établir ou délivrer le permis de construire ?

A cette question, la loi n’est pas claire. Un moment se sont les municipalités et parfois c’est le ministère de la Construction et de l’urbanisme, il y a parfois des problèmes parce que les permis sont contestés par la mairie parce qu’ils ont été établis par le ministère, vice-versa. Moi, je pense qu’il est temps de mettre de l’ordre dans tout cela en élaborant une nouvelle loi claire sur l’urbanisme et sur le permis de construire. En ma connaissance, la loi qui régit le permis de construire dans notre pays existe depuis 1991, aujourd’hui, elle n’a pas tenu compte de l’évolution de notre pays. Il faut l’adapter au temps moderne. Nous sommes prêts à prendre, entant que conseiller technique du gouvernement, part à l’élaboration de la nouvelle loi. Aujourd’hui, si vous demandez au Congolais lambda de vous montrer là où il faut faire votre permis de construire il ne le saura pas. D’autre part, le fait que le permis de construire n’est pas pris en considération, c’est une perte d'argent pour l’Etat. Dans tous les autres pays, c’est un moyen de faire rentrer de l’argent dans les caisses.

Regardez le nombre de constructions qu’il y a dans notre pays. Il faut donc mettre la lumière, éclaircir les choses, il faut que la loi soit claire et nette, on sait qu’à telle ou telle catégorie on peut aller chercher le permis à la mairie parce que dans tous les autres pays cela se passe dans les mairies et communes.

Selon vous l’architecte est le conseiller du gouvernement. Actuellement, nos grandes villes, notamment Brazzaville et Pointe-Noire sont menacées par des érosions dues en grande partie aux constructions anarchiques. Alors où sont passés les architectes ?

J’ai toujours dit dans mes interventions que l’urbanisme touche nos façons non seulement d’habiter mais aussi de travailler et de consommer, de nous déplacer, de nous rencontrer et de nous cultiver. Pour nous, architectes, l’enjeu d’un urbanisme durable est considérable. Il s’agit ni plus ni moins de rendre nos villes et nos villages plus beaux, plus solitaires et plus habitables. Cela consiste à dire qu’il faut des lois d’urbanisme qui encadrent les constructions dans nos villes et villages. Si chacun fait ce qu’il veut, il ne faut pas s'etonner que des choses pareilles arrivent. Qui leur a autorisé de construire dans les zones d’érosions ? Est-ce que ces gens-là, à un moment, on leur a dit que cette zone était inconstructible ? Tout cela c’est encore la loi et nul n’est au-dessus de la loi. Je ne pense pas que les individus puissent être plus forts que l’Etat. L’urbanisme dans une ville est codifié, réglementé. Le schéma directeur codifie, donne les méthodes d’aménagement d’une ville.

Tout le monde ne peut pas aller construire là où il veut, il faut donc faire évoluer la réglementation, quand on sait que cette zone est inconstructible, ce n’est pas la peine d’autoriser les gens d’y aller construire parce que demain matin c’est l’Eta qui va sortir de l’argent pour réparer. L’objectif est de réaliser des villes durables comme le reconnait la Charte des Nations unies, c’est une conviction et une réflexion qui s’étendent dans l’ensemble de notre territoire. Pour l’atteindre, il faut commencer par assainir et mettre un cadre dans la réglementation, donc cela va de l’amélioration de nos lois et règlements. Et c’est le travail du gouvernement et du Parlement. Mais de notre côté, nous sommes prêts à apporter notre savoir-faire parce que la plupart d’entre nous sont des architectes urbanistes. C’est notre métier et nous savons le faire et si l’on nous demande nous allons le faire, notamment concevoir, améliorer les lois et aider dans la conception du schéma directeur de nos villes et villages.

Dans chaque profession, il existe des vrais et faux pratiquants. Qu’entendez-vous faire de cette dernière catégorie ?

Ils seront poursuivis et châtiés par la justice de notre pays. Je vous assure que dans les jours à venir il y aura les premiers référés qui vont tomber, des cabinets qui vont être fermés parce qu’ils exercent dans l’illégalité. Je suis même étonné un certain moment que les entreprises d’Etat et les ministères donnent des prestations intellectuelles, des projets à cette catégorie de personnes. Pour être architecte au Congo, il faut avoir une assurance professionnelle qui est délivrée moyennant l’attestation d’inscription à l’ordre des architectes. C’est à partir de là que le ministère de la Construction, de la ville et du cadre de vie vous délivre l’agrément en architecture conditionné également par l’inscription à l’Ordre des architectes du Congo. Maintenant si l’administration ne respecte pas les règles, nous nous battons pour qu’elle puisse les respecter.

 


© Droits reservés
Quel genre de rapports entretenez-vous avec votre tutelle ?

Le ministre d’Etat, ministre de la Construction, de l’urbanisme, de la ville et du cadre de vie est un architecte. D’ailleurs, nous sommes le seul corps de métier qui a deux membres au gouvernement. Cela montre l’importance que le président de la République accorde à ce métier parce que nous sommes à la base de la vie, c’est nous qui construisons la cité. Nous avons des bons rapports, mais simplement il y a des choses où parfois nous sommes étonnés que nous ne soyons pas consultés, en ce moment-là on se plaint à qui de droit.

Le gouvernement a fait appel aux cabinets étrangers pour l’élaboration de la loi sur l’urbanisme et la conception du schéma directeur de Brazzaville. Comment l’ordre apprécie-t-il cette démarche ?

Nous ne pouvons pas contester le choix du gouvernement qui régit la République. Mais pour nous, c’est un choix regrettable parce que ce travail aurait pu être fait par les architectes urbanistes congolais que nous sommes. Nous avons été tous à l’école avec ces gens-là, on a parfois été meilleurs qu’eux dans le domaine de l’architecture et de l’urbanisme. Nous ne voyons pas ce qu’ils ont de spécial surtout quand cela concerne le cadre de vie bâti et le schéma directeur de nos villes et villages parce qu’ils ne connaissent rien de ces choses. J’insiste que nous sommes les mieux placés pour réaliser ce travail parce que ce sont nous qui vivons dans ces villes et qui connaissons leurs problèmes. Pour le schéma directeur le gouvernement a pris un cabinet italien, j’ai délégué les représentants de l’ordre là-bas pour essayer de voir comment contribuer à l’amélioration de ce document, mais je continue à penser que nous aurons pu faire ce travail. C’est regrettable que le Congo ait formé ses propres enfants et les sous-estime pour faire ce travail. C’est de l’avis de tous les architectes. Nous sommes surpris parce que concernant la loi sur l’urbanisme c’est pareil, le gouvernement est allé chercher un cabinet d’architecture au Burkina Faso pour son élaboration. Ces gens ne connaissent pas notre histoire sur les plans anthropologique, sociologique et des mœurs. Nous étions capables de faire ce travail, qu’est-ce que les urbanismes congolais qui sont nombreux n’auraient pas pû faire.

Aviez-vous un appel à lancer à l’endroit des architectes et le public ?

L’architecture n’est pas une marchandise, je pense que lorsqu’on a des choses à faire pour que cela reste durablement, il faut prendre le temps de choisir les équipes, le professionnalisme qu’il faut. Si vous voulez construire votre maison, que vous y prenez mal dès le départ, la finalité va être un mauvais produit. Je demande à nos concitoyens de faire un effort, de chercher les meilleurs professionnels qu’il faut et en matière du cadre bâti, ce n’est pas la peine de faire appel à des gens qui ne sont pas de la profession. Nous demandons aussi à notre propre gouvernement qui a dépensé de l’argent pour nous former de nous faire confiance. A un moment donné, il faut que cet argent revienne au pays.

Nous avons, enfin, un certain nombre de confrères qui ont choisi la vie publique, c’est-à-dire de travailler à la Fonction publique, c’est un choix, mais le statut de l’architecte dans la Fonction publique n’est pas clair. C’est un problème pour ces confrères, il faut que l’Etat mette de l’ordre dans toutes ces choses. Il faut former les gens, les recruter pour que demain le pays ait des cadres suffisamment formés pour inscrire les permis de construire par exemple.
 

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