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« Il faut affecter le budget de la césarienne aux hôpitaux »

Par adiac-congo.com - 20/06/2016

Le directeur général des hôpitaux, le professeur Alexis Elira Dokékias a réagi suite aux nombreux disfonctionnements constatés dans la mise en œuvre de la gratuité de la césarienne

 

la gratuité de la césarienne existe-t-elle réellement au Congo ?

La gratuité de la césarienne a été actée par un décret du chef de l’Etat qui rend les actes de césarienne et des interventions obstétricales majeures gratuites. Cela s’applique à l’intervention de la césarienne aux dames qui ne peuvent pas accoucher par voie basse, aux dames qui font la rupture utérine, les GU (grossesse extra utérine), et d’autres interventions majeures. Toutes ces opérations chirurgicales sont gratuites depuis 2011.

Cependant, il s’agit de mettre en œuvre ce décret de la gratuité. Et, dans le contexte du Congo, cette mise en œuvre peut poser de problèmes dans la mesure où la situation financière du pays n’est toujours pas rectiligne. Sur le plan de l’organisation, nous attendons des textes d’application, des arrêtés qui organisent la mise en œuvre de cette gratuité. Entre temps, il se pose aussi un problème d’organisation au niveau du ministère de la santé.

Précisément, le problème se situe à quel niveau ?

Le problème est que, la césarienne, comme les autres interventions chirurgicales telles que l’appendicite, l’occlusion intestinale, etc, sont des actes qui sont faits dans des hôpitaux. Il s’agit tout simplement de réguler, faire de telle sorte que les hôpitaux s’approprient la réalisation de ces actes. et pour cela, il faudrait leur affecter le budget nécessaire à l’exécution des césariennes, pour leur permettre de se ravitailler en intrants et de réaliser tout le processus nécessaire à une césarienne ou un acte chirurgical majeur.

Or, actuellement, c’est l’administration centrale qui commande les intrants et les kits de césarienne pour les livrer aux hôpitaux.
Il faut savoir que l’acte de césarienne ne s’arrête pas simplement à une intervention chirurgicale, mais il y a un processus à suivre. Il faut, de prime abord, diagnostiquer la patiente, ensuite, examiner son impossibilité d’accoucher par voie basse. Après la césarienne, il faut la garder à l’hôpital pendant quelques jours pour évaluer et coordonner le travail.

A l’issue d’un atelier d’évaluation de la gratuité de la césarienne, nous avions demandé qu’il faille déconcentrer la gratuité de cette opération, c’est-à-dire, l’enlever de la tutelle au niveau de l’administration centrale du ministère de la santé. En d’autres termes, il s’agit d’affecter les budgets de césarienne aux hôpitaux. Tant que nous opterons pour la centralisation du budget de la césarienne, ça ne marchera pas.

Comment les hôpitaux s’organisent-t-ils pour se ravitailler en kits ?

En principe, nous devons louer les efforts des hôpitaux, car c’est sous notre pression qu’ils arrivent à concrétiser l’acte de gratuité de la césarienne qui avait été décrété par le président de la République. Raison pour laquelle les hôpitaux s’efforcent, avec leurs petites recettes, de colmater les brèches pour payer, des kits nécessaires à réaliser la césarienne.

Pour le cas qui vient de se produire ( à Makélékélé, Ndlr), nous vérifierons au niveau de cet l’hôpital pour savoir pourquoi cette patiente a été amenée à payer les médicaments pour subir l’acte de césarienne. Il faut qu’on sache si cet hôpital ne disposait pas de kits ; y a-t-il eu détournement de kits ?

Evidemment, la situation varie d’un hôpital à un autre. Il y a des villes comme Pointe-Noire où l’hôpital de Tié-tié s’efforce avec son petit budget de payer ses propres kits. Que se passe-t-il ? Lorsqu’on constate le manque de kits à l’hôpital A.Cisé, on est obligé d’envoyer tous les patients à l’hôpital de Tié-tié, parce qu’il a fait l’effort de trouver ses kits pour donner aux patients.

 


© Droits reservés
Le professeur Alexis Elira Dokékias.
Peut-on parler d’un problème de gouvernance ?

Nous n’accusons personne. Nous sommes à l’exécutif. Nous proposons des mesures pour que le processus de la gratuité de la césarienne soit régulier. En 2013, on a tenu un atelier auquel tous les chefs de service de gynécologie-obstétricale et l’administration ont pris part pour analyser ce qui se passe dans la mise en œuvre de la gratuité de la césarienne, et prendre des mesures correctives. Les mesures ont été transmises. Il suffit de les mettre en pratique et le processus sera réguler. En attendant, on va certainement connaitre l’approvisionnement en dent de scie. Notre devoir est de faire pression sur les hôpitaux pour que la mesure présidentielle soit effective.

Pendant ce temps, la population sait qu’il y a une gratuité de la césarienne…

Evidement, nous avons le devoir d’exécuter les mesures qui sont prises au plus haut niveau. Mais l’exécution suppose aussi les moyens. A notre niveau, nous sommes obligés de trouver des solutions. Je rappelle toujours aux directeurs d’hôpitaux la nécessité d’exécuter les mesures de gratuité impulsées par le plus haut sommet. Quel que soit les difficultés, les hôpitaux s’efforcent à rendre disponible les kits de césarienne.

Mais, j’insiste sur la décentralisation. Il faut laisser les hôpitaux gérer et faire de telle sorte qu’au terme de leur gestion, qu’ils rendent compte de la manière dont l’argent alloué a été utilisé. Les inspections de finances et d’Etat existent. Ces structures sont des armes de l’Etat pour contrôler comment l’administration hospitalière gère le problème de la gratuité. Il s’agit uniquement d’un problème de gouvernance.

Quand bien même on peut mettre à la disposition des hôpitaux des kits, mais, souvent, ils sont détournés…

Je suis partisan de la décentralisation. Ce n’est pas au président de la République de payer les kits. Son rôle est de confier la mission au ministre en charge, et ce dernier délègue à son tour aux administrations responsables. La césarienne est un acte hospitalier. Il faut mettre en place les conditions nécessaires dans les hôpitaux pour la mise en œuvre de la gratuité de la césarienne. Pour mieux assurer le contrôle et éviter les cas de vol, il faut décentraliser, et rendre l’administration hospitalière responsable. Je pari que si nous décentralisons et contrôlons, il y’aura le succès.

Il se pose aussi un problème de conscientisation du personnel soignant…

Là, il n’y a pas de problèmes. C’est une bataille sur les ressources humaines. On a des problèmes qualitatifs et quantitatifs en ressources humaines. Quant aux problèmes d’accueil, ils sont connus. On doit se battre pour faire en sorte que l’agent de santé soit dans l’équité. Il faut savoir que la couverture sanitaire universelle nous sauvera de tous ces problèmes. Le patient ne pourra plus courir dans les pharmacies pour payer un médicament, parce qu’il aura sa carte d’assurance maladie qui lui garantit des soins. Tous les problèmes de malhonnêteté, de faussaire et autres disparaitront lorsqu’il n’y aura plus d’argent qui va s’échanger dans les hôpitaux.

Avez-vous un message particulier à l’endroit de la population qui n’y croit plus ?

La gratuité de la césarienne décrétée par le président de la République est effective. Mais des difficultés existent. Malgré la situation économique du pays, il faut privilégier la santé de la population qui est un élément prioritaire. Par conséquent, il faut continuer à financer car la maladie ne s’arrête pas. Sur le plan exécutif, nous devons continuer à examiner les pièges, les difficultés, les points forts et les points faibles, faire de sorte que le système se pérennise. Nous continuerons à faire l’effort, de sorte que le personnel soit réellement calé sur les bonnes pratiques, et la population doit constater réellement, et toucher du doigt la gratuité de la césarienne telle que le président de la République le veut.
 
MOTS CLES :  Hôpitaux   Budget   Congo 

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