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Mavis Tchibota : « Est-ce que le Congo veut de moi ? »

Par adiac-congo.com - 17/05/2016

Quelques jours après avoir été victime d’insultes racistes de la part d’un adversaire, Mavis Tchibota livre sa version des faits

 

Mavis, samedi 7 mai, lors de la 6e et avant-dernière journée des play-down, ton club a acquis son maintien. Mais ce match nul face à l’Hapoel Acre a été marqué par un acte grave : tu as subi des insultes racistes…

Effectivement, ce qui aurait dû être un jour de fête, c’était également le jour de mon anniversaire, s’est transformé en cauchemar : je me suis fait traiter de singe et de macaque par un joueur adverse. C’est révoltant, écœurant.

Que s’est-il passé ?

A la 78e, lorsque mon coach veut me sortir, le score vierge nous suffit alors à assurer le maintien. Donc je regagne la ligne de touche sans me presser, pour gagner du temps, c’est le métier. Et là, un joueur adverse vient me pousser pour que j’aille plus vite. Comme je ne me laisse pas faire, il me dit alors, en hébreu : « sors de là, singe, macaque ». Pas de chance pour lui, je suis ici depuis plus de trois ans, ma copine est israélienne ; je parle très bien l’hébreu. Je me tourne vers l’arbitre, qui n’a rien entendu, mais l’arbitre de touche me dit de me calmer, qu’il a entendu, qu’on verra après le match.

Et ensuite ?

J’ai demandé à l’arbitre pour qu’il rende justice. Mais il me dit qu’il ne peut rien faire, qu’il n’a rien entendu. Moi, je lui dis de demander à son assistant, mais il me répète qu’il ne peut rien faire. Je suis révolté, je commence à m’énerver et il me dit que si je continue, il me met un rouge. C’est un scandale : je suis victime d’insultes racistes et c’est à moi qu’on veut mettre un carton rouge ?

Finalement, le joueur qui t’a insulté n’a rien eu ?

A l’heure actuelle, non. Il n’y a eu aucune procédure à son encontre. Kfar Saba avait dit qu’ils me soutiendraient jusqu’au bout, qu’ils enverraient un courrier à la Fédération, à la presse, mais personne n’en parle.

Tu te sens soutenu dans cette histoire ?

Pas par le club et les institutions. Mes coéquipiers sont révoltés et me soutiennent, mais j’attendais davantage du club. Comme j’appartiens au Maccabi Tel Aviv, j’ai contacté le directeur sportif, Jordy Cruyff, mais il était en déplacement, et m’a dit qu’on en reparlerait à son retour. Je me demande comment on peut entendre ça sur un terrain de foot… Le football, c’est un beau sport, qui fait vibrer les gens, qui donne des émotions. Je suis dégoûté.

 


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Tu songes à quitter Israël ?

Non, c’est arrivé ailleurs dans le monde à des joueurs africains. On ne va pas quitter à chaque fois. Pourquoi ça serait à la victime de quitter et pas au bourreau ? Et puis, je suis en Israël depuis plus de trois ans, c’est la première fois que ça m’arrive, même si c’est une fois de trop.

Revenons alors au niveau sportif : quel avenir pour toi la saison prochaine ?

Je suis sous contrat avec le Maccabi, qui est une institution ici en Israël. Ils m’ont prêté cette saison pour que je m’aguerrisse. Pour l’an prochain, on verra ce qu’ils souhaitent. En Israël, les règlements interdisent de s’engager en faveur d’un club pendant le championnat. Il reste une journée. On verra après. Je sais que Kfar Saba a déjà annoncé qu’ils souhaitaient un nouveau prêt. D’autres équipes de première division sont aussi intéressées.

Avec 28 matchs, dont 25 comme titulaire, pour 3 buts, comme juges-tu cette première saison professionnelle ?

Le Maccabi souhaitait que je bénéficie de temps de jeu, que je gagne en expérience et que je m’habitue au défi physique de la première division. Je crois que c’est donc concluant.

Collectivement, on a obtenu le maintien, alors que le club était promu. Donc, jusqu’à ces insultes, c’était une très belle saison. Ici, il n’y a le droit qu’à 6 joueurs étrangers par club, donc les places sont chères. Etre titulaire en première division à 19 ans, ce n’est pas courant, en Israël, quand on est étranger.

Il se dit que la fédération israélienne veut te naturaliser pour que tu puisses être sélectionnable. C’est vrai ?

Oui, c’est exact. Le Maccabi, qui a de l’influence, aimerait que je devienne international israélien pour que je libère une place réservée aux étrangers.

Et qu’en penses-tu, toi, le fils de l’international Mavis Tchibota ?

Moi, j’ai toujours rêvé des Diables rouges, dont j’ai défendu les couleurs dans toutes les catégories de jeunes. Mon père était international, comme l’un de mes oncles maternels. J’ai les Diables rouges dans le sang et dans le cœur. Mais est-ce que le Congo veut de moi ? Je n’ai jamais été appelé en sélection A, alors que je joue en première division israélienne. Je ne ferme la porte à personne, ni au Congo, ni à Israël.
 
MOTS CLES :  Mavis Tchibota   Racisme   Adversaire   Faits 

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