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Congo: Lettre ouverte au Président/Entreprenariat: immolation ou exil économique

Par Sandio Kante - blogs.mediapart.fr - 10/09/2014

Par Sandio Kante

 

Monsieur le Président,
J’ai le vif regret de porter à votre connaissance que « mon étalage de légumes » est en train d’être détruit à l’instar de celui de ce jeune tunisien, Mohamed Bouazizi, paix à son âme, qui en 2010 s’était fait confisquer sa marchandise par la police tunisienne. En effet, j’ai décidé de suspendre les activités de l’entreprise Challenge Futura, les entraves à son développement étant devenues insupportables. Challenge Futura est cette entreprise innovante, la première PMI congolaise entièrement créée à partir d’inventions et innovations locales. Elle est spécialisée dans l’ingénierie et la fabrication d’équipements agroalimentaires et de l’énergie et il y’a quelques mois, elle s’est illustrée positivement en construction navale.

 


© sadio kante
Challenge Futura est aussi la première PMI de l’industrie mécanique congolaise, un secteur de l’industrie, oh combien stratégique, mais pourtant absente dans les stratégies de développement économique en Afrique subsaharienne en général et dans celle de l’industrialisation de notre pays, le Congo en particulier. Son action s’inscrit donc dans l’industrialisation considérée par vous-même comme « le fondement du développement économique du Congo » (Cf. votre lettre de politique d’industrialisation).

C’est dire combien la création et le développement de Challenge Futura au Congo par un compatriote est une opportunité qui devrait commencer à conférer au pays un atout pour son émergence comme l’ont été de manière décisive par exemple Hyundai et TATA dans la construction mécanique et navale respectivement en Corée du sud et en Inde pré-émergentes. Même chose pour le Brésil pré-émergent. A l’instar des soutiens décisifs de l’Etat à ces entreprises dans ses pays en période de pré-émergence, Challenge Futura ne devrait avoir, dans les circonstances actuelles, aucune difficulté à obtenir les soutiens nécessaires, car à partir d’elle, le concept « Challenge Futura », dans une démarche volontariste des pouvoirs publics, pourrait essaimer et être élargi afin de bâtir et développer l’industrie mécanique congolaise, pourquoi pas et entre autres, avec des jeunes étudiants des filières technologiques.

Et pourtant Challenge Futura et moi-même n’avons connu de nos pouvoirs publics, au mieux que de l’indifférence, au pire des entraves le long de nos parcours. Jugez-en par vous-même, Monsieur le Président par ces quelques morceaux choisis :

Juillet 2014 : dernière entrave en date : le Colonel Michel NGAKALA, alors Ministre, achète en 2011, le site sur lequel Challenge Futura exerce ses activités de production au mépris de son de droit de préemption. L’acte du Colonel Michel NGAKALA n’est ni juridiquement, ni politiquement, ni moralement correct.

Juridiquement : non seulement notre de droit de préemption qui n’est pas contesté n’est pas pris en considération, pire, le juge des référés, dont la loi limite les compétences à des mesures provisoires ne préjudiciant pas au fond du litige, a décidé de l’expulsion de Tsengué-Tsengué, une mesure grave et définitive qui préjudicie aux droits de la partie expulsée. Et ce dans le cadre d’une procédure émaillée d’irrégularités comme la confusion de « Tsengué-Tsengué » qui n’est qu’un gérant et la personne morale « la société Challenge Futura » qui est le véritable protagoniste dans l’affaire en question. Ou encore avec comme unique élément au dossier la requête à demandant l’expulsion de Tsengué-Tsengué, simple gérant. Les erreurs commises par le Juge des référés sont trop grossières pour qu’elles soient mises sur le compte d’une simple incompétence. Elles sont volontaires et j’accuse le Colonel Michel NGAKALA d’avoir user de sa position politique pour influencer les décisions des juges dans ces procédures. Cette situation judiciaire qui nous empoisonne l’existence nous a amené à suspendre les activités économiques de l’entreprise.

Politiquement : le colonel Michel NGAKALA, grande figure politique du Parti Congolais du Travail (Membre du bureau politique) et du Congo et membre du gouvernement à l’époque des faits, ne pouvait ignorer l’impact désastreux qu’a son acte sur la PMI Challenge Futura dont l’action s’inscrit dans le programme du Gouvernement pour l’industrialisation du pays, fondement du développement économique du pays. Et n’y a-t-il pas d’autres endroits à Brazzaville que cet espace où est déjà implantée Challenge Futura qu’il pouvait acheter ? Un manque manifeste de discernement qui fait de son acte une entrave à l’action gouvernementale.
Moralement : Selon nos us et coutumes, un grand frère peut-il poser un tel acte à l’endroit de son cadet ? C’est simplement inimaginable.

3 mai 2013 : La société Challenge Futura est victime d’une agression par un gendarme et un militaire. Bilan : Blessure de l’agent commercial et bureaux saccagés. Malgré le fait que les agresseurs aient été formellement identifiés par leurs corps respectifs et malgré notre plainte au Procureur de la République ainsi qu’auprès des chefs de corps concernés, les agresseurs sont restés impunis et ont continué longtemps à menacer l’entreprise. Monsieur le Président, pourquoi une telle indifférence ? quel gâchis !

Septembre 2013 : Challenge Futura réalise la performance technologique de la conception et de la fabrication au Congo de 6 bateaux à propulsion hors bord pour le compte du Programme de Développement Agricole et de Réhabilitation de Pistes Rurales (PDARP). Suite à cette performance qui s’inscrit dans la perspective de l’industrialisation du Congo, je vous adresse le 26/09/2013 une correspondance, sollicitant votre soutien à l’action de Challenge Futura et par la même occasion une audience pour vous réserver la primeur des informations de premier plan sur la question. Au même moment, une autre correspondance de teneur analogue est adressée au Ministre d’Etat, Ministre du Développement Industriel et de la Promotion du Secteur Privé assortie elle aussi d’une demande d’audience. Un an après, je n’ai reçu aucune réponse. Pas même un accusé de réception. Permettez-moi, Monsieur le Président de marquer là ma stupéfaction et de m’interroger : La Présidence de la République, et à fortiori les autres administrations, n’est-elle pas tenue d’accuser réception et de répondre à tout courrier d’un citoyen congolais au Chef de l’Etat ? Monsieur le Président, quel signal envoyons-nous à la génération montante des congolais ? quel gâchis !

22 novembre 2012 : Suite aux abus de la police que j’ai subis et que je dénonce, la police nationale ordonne à mon endroit une garde à vue et lance une enquête sur ma nationalité, la jugeant douteuse parce que (Cf. procès verbal de la police N°138/MID/DGP/DDP-BZV/SPJ-BRIC du 22/11/2012), je cite « …..Au vu de ces documents (mes permis de conduire) et ne sachant réellement sa vraie nationalité ………. ». Et ce, malgré l’acte de naissance que je leur avais fourni et toutes les informations collectées à l’état civil de la Commune de Moungali où ma naissance avait été déclarée. Je subissais là dans l’indifférence générale ni plus ni moins que des représailles en règle de la police qui a profité d’une erreur de transcription de l’administration de la R D Congo qui avait porté sur le permis converti à partir de mon permis camerounais la mention « nationalité camerounaise ». Deux ans après, la police n’a toujours pas à ce jour clos l’enquête sur ma nationalité !

2012 : Suite à une omission de déclaration, un inspecteur vérificateur des impôts véreux amène l’administration fiscale à opérer sur Challenge Futura une taxation d’office exorbitante sans commune mesure ni avec l’infraction, ni avec les revenus et la dimension de l’entreprise. Représailles et terrorisme fiscal d’un fonctionnaire parce que nous avons refusé de nous plier à une pratique maffieuse dans son intérêt. Et combien d’énergie dépensée dans cette affaire qui nous a également empoisonné l’existence. Bien que le dossier ait été réouvert par l’administration fiscale, l’épée de Damoclès demeurait suspendue sur notre tête. Dans cette affaire, toujours aucun soutien. Monsieur le Président, pourquoi une telle indifférence ? quel gâchis !

20 avril 2007 : Salon International des inventions et des Produits nouveaux de Genève : Je suis double médaillé d’or grâce à mon invention du « Séchoir solaire continu et réglable ». Je porte donc les couleurs nationales au sommet des distinctions mondiales dans ce haut lieu de l’innovation, la plus grande rencontre et la plus grande compétition en la matière dans le monde. Et pourtant, de retour au pays, l’accueil est plutôt glacial. Très étonnant pour notre pays qui veut se développer et qui a adopté une loi qui fait de la science et technologie le moteur du développement économique. Monsieur le Président, pourquoi une telle indifférence ? quel gâchis !
12 Janvier 2004 : quatre (4) mois seulement après notre sortie et la présentation réussie de notre première gamme de produits au public, notre show-room et une bonne partie de notre patrimoine (produits en exposition dans le show-rom) sont détruits par un bulldozer de la mairie de Brazzaville, au motif que Challenge Futura occupait sauvagement le domaine public alors l’entreprise avait toutes les autorisations municipales en la matière et payait les taxes y relatives. Les produits détruits étaient des prototypes, résultats de plusieurs années de travaux de Recherche / Développement, d’énormes sacrifices consenties, de grandes privations, démolis en quelques minutes par le bulldozer municipal comme un vulgaire débit de boisson. Aucun soutien, pas même pour obtenir le délai de grâce demandé par l’entreprise, le temps de délocaliser l’activité. Et l’entreprise a dû arrêter ses activités un an et demi. Monsieur le Président, pourquoi une telle indifférence ? quel gâchis !

1988 : je conçois et construis avec succès à N’kayi (Sucrerie du Congo) avec une équipe d’ingénieurs et de techniciens congolais une distillerie industrielle pilote d’alcool pharmaceutique. C’était le premier complexe industriel chimique entièrement conçu et construit par des ingénieurs congolais. C’est certainement l’opportunité la plus importante que j’ai jamais eue de m’exprimer professionnellement. Et je ne demande pas plus. Monsieur le Président, comment pensez-vous qu’un pays acquiert des capacités nationales en ingénierie industrielle qui demeure le privilège des pays développés et émergents, si ce n’est, entre autres, par de telles démarches pionnières. N’était-ce pas là une action d’industrialisation, de développement ? Et pourtant aucune suite n’avait été donnée à cette prouesse technologique de première importance pour le pays. Monsieur le Président, pourquoi une telle indifférence ? quel gâchis !

Courant 2013 : De fréquentes intimidations à l’aide des véhicules au vitres teintées souvent sans immatriculation à mon domicile.


Oui Monsieur le Président, parcours émaillé de difficultés. Pas étonnant diriez-vous avec un climat des affaires peu incitatif pour les entrepreneurs, mais j’ai persévéré. Manifestement la persévérance n’a pas payé pour moi au Congo et je suis probablement victime des postures de leadership où la logique des faveurs l’emporte sur celle des devoirs et des droits.

Monsieur le Président, votre discours incitateur, au Congo comme à l’extérieur, sur les congolais de l’étranger m’émeut énormément, car j’ai appartenu à cette diaspora et j’ai décidé de revenir au pays avec une formation en France parmi les plus prestigieuse et des plus utiles, avec une détermination manifeste toutes ces longues années d’apporter ma pierre à la construction de l’édifice Congo. Pourquoi Monsieur le Président, dans ce contexte, un compatriote précédemment de la diaspora comme moi qui a consenti autant de sacrifices et investi autant d’énergie dans des œuvres pourtant en parfaite adéquation avec les ambitions nationales, notamment celles d’industrialisation et d’émergence du pays, doit subir toutes ces entraves ? Pourquoi cette indifférence ? quel gâchis !

Monsieur le Président, je ne me suis pas « demandé ce que le Congo peut faire pour moi », mais je suis rentré au pays après mes études et je me suis investi corps et âme pour donner à mon pays et « qu’ensemble nous puissions faire pour la liberté de l’homme congolais ». J’ai l’intime conviction que j’aurais pu donner mille fois plus si l’Etat avait daigné soutenir mes actions qui dépassent largement ma modeste personne.

Et voici que, non seulement mes initiatives, pourtant industrialisantes, ne sont pas soutenues, pire je subis la destruction de la PMI que j’ai eue tant de mal à créer et faire vivre. Situation un peu comme à la Mohamed Bouazizi qui avait fini par s’immoler par le feu en public.

Monsieur le Président, dois-je m’immoler ou aller grossir les rangs de ces exilés économiques congolais que l’on appelle pudiquement aujourd’hui « la Diaspora » ?

Challenge Futura

Tsengué-Tsengué

 

 
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2 COMMENTAIRES

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triste!

Par guy lebon

03/10/2014 09:35

Je manque de mots, tellement c'est triste!

encourager la création

Par MARLEYBILA

13/06/2016 12:59

Une partie de ma famille vient de ce pays. J'aimerais bien avoir les coordonnées de ce jeune homme talentueux si possible le rencontrer. Est -ce possible?

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