Richard Bokodi : Leader communautaire chez les Baaka de Dongou
Par Ngouela Ngoussou - 06/02/2012
A 43 ans, ce pasteur travaille chaque afin que les populations autochtones, communément appelées pygmées, puisse se développer. Portrait.
Toujours souriant et jovial, Richard Bokodi, 43 ans, détenteur d’un Brevet d’étude du premier cycle (BEPC), nourrit chaque jour le rêve de voir les populations autochtones, communément appelées pygmées, se développer. C’est la lutte qu’il mène à travers l’organisation qu’il a créée, l’Association des Baaka du Congo (ABC), basée à Dongou, à l’extrême nord du Pays. Sa taille, environ 1,30m, ne justifie pourtant pas son âge, 43 ans. Richard est marié à Valérie Emeke, avec qui ils sont déjà six enfants. L’homme vit essentiellement de l’agriculture et de la récolte du miel et des chenilles qu’on trouve facilement dans la dense forêt équatoriale. A cause de son activisme, Richard Bokodi est souvent loin de sa famille, participant à des séminaires, des fora et des formations. "Dieu a dit que tu mangeras à la sueur de ton front. Ma famille trouve satisfaction dans ce que je fais. Mais, chaque fois que j’ai le temps, je prépare toujours un champ afin que mes enfants ne meurent pas de faim", assure Richard. Dans son association, on compte déjà trente-trois adhésions. "Beaucoup viennent, et repartent, car ils disent ne pas trouver leur compte. Ils pensent que nous buvons ici", explique Richard. Malgré le Brevet d’Etudes du Premier Cycle dont il est nanti, Richard n’a pas trouvé d’emploi fixe et permanent. Il a travaillé pendant quelque temps des services dans les sociétés forestières comme pisteur et marqueur. "Je n’avais pas le cœur à ça, parce que j’ai trop souffert pour avoir ce BEPC, moi fils d’autochtone. J’ai subi l’humiliation de mes condisciples bantous, mais j’ai persévéré jusqu’au bout", se rappelle Richard. Mais, ce diplôme lui a permis de s’imposer comme leader incontournable au sein de sa communauté. Richard s’exprime clairement, bien que son français ne soit pas perfectionné. Il reçoit les autorités ou des partenaires au développement, et leur transmet les doléances de la communauté.
© JDB
Richard Bokodi
Richard a effectué des voyages au Cameroun, en République démocratique du Congo, aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, au nom de sa communauté. "Chaque fois que je suis dans l’avion, je pense être tout près de Dieu, et je ne fais que lui poser nos problèmes au moyen de la prière", confesse-t-il, avec un large sourire. Son niveau d’étude n’a pas empêché Richard de rester parmi les siens, au village. "Chaque jour quand je vois les bantous bien vivre, envoyer leurs enfants à l’école, travailler aisément et gagner de l’argent, puis construire de belles maisons, conduire des véhicules, je me dis, notre tour aussi viendra", envisage Richard, persuadé que sa vision se réalisera un jour.
Né en pleine forêt équatoriale, raconte-t-il, Richard est le deuxième d’une famille de six enfants. "Nous avons tous comme par miracle, survécu à la maladie et aux mauvaises conditions de vie. Cela n’a pas changé 43 ans après ma naissance, de nombreux enfants naissent toujours sous les arbres, comme le veut notre tradition", affirme Richard d’un air inquiet.
Infatigable, il parcourt des villages de la Likouala, appelant ses congénères à adhérer aux principes de la modernité, de tourner le dos à certaines pratiques de la tradition. "Je rêve des cités de formation ou d’éducation pour nos enfants, loin de leurs parents. L’école de nos enfants est perturbée à cause des parents qui les arrachent des cours pour les emmener aux champs, à la pêche ou à la cueillette", déplore Richard Bokodi qui a réussi à scolariser quatre de ses six enfants. "Mon combat, c’est aussi de rechercher les financements auprès des ONG pour nourrir des enfants autochtones scolarisés, nos cantines scolaires à nous", réclame Richard.
Dans son action, Richard Bokodi ne pousse pas que des enfants à l’école, mais les femmes aussi. "Ma propre femme a appris à lire et à écrire. Aujourd’hui, elle enseigne d’autres enfants autochtones, sa formation étant finie. D’autres femmes aussi sont avec elle, mais il y en a qui hésitent", dénonce-t-il.
L’association de Richard a mis en place un comité pour inciter les autochtones à aller se faire soigner à l’hôpital. "Ce n’est pas facile pour les convaincre, les bantous les maltraitent à l’hôpital. En plus, là-bas, on ne soigne pas, mais on donne seulement les ordonnances. Dans notre communauté, les gens n’ont pas l’argent pour acheter les médicaments", fait observer Richard, ajoutant joyeusement, "heureusement que l’association a cultivé un grand champ pour faire face à ces problèmes".
Contrairement à la tradition de sa communauté attachée aux fétiches et autres gris-gris, Richard est devenu serviteur de Dieu. Il est membre de l’Eglise évangélique chrétienne du Congo (EECC). "J’ai accepté Dieu parce qu’il est Tout-puissant. Si on reste avec les esprits des ancêtres, ça crée trop de problèmes. C’est vrai que ce n’est pas facile, il faut aller progressivement, et plusieurs autochtones sont aujourd’hui baptisés".
Richard est le coordonnateur national de cette Eglise dans la Likouala, pour le compte des Baaka. A ce titre, il va sur une dizaine de communautés prêcher la Bible, appelant ses congénères à recevoir Jésus-Christ comme Seigneur.
"Je crois fermement que la vie va changer dans notre communauté", conclut-il.
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